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Témoignage en direct

Sauvetages, amour, poésie

Les textes sont généralement écrits sur le vif, d’un jet, avec juste un peu de relecture.

Extraits de :  Le naufrage du “Mari-Ti”. Roman tiré de faits réels. Récit d’un naufrage et du sauvetage en hélico. lorsque le monde de l’air et de la mer se rejoignent.  Moments extrêmes, où l’être humain, tant du côté naufragé que pilote hélico, vit aux frontières de lui-même.  Amour, aventure, sauvetages, un zeste de polémique, et  scène d’amour.

Pourquoi je met de la poésie dans mes textes, même dans les séquences les plus dures : 

Parce que la poésie est une écriture qui va à l’essentiel. En peu de mots, elle traduit l’intériorité du poète, et ces fulgurances de mots, ces explosions d’images, ces illuminations presque, permettent de dire ou décrire l’indicible.

L’intensité de la poésie est sans commune mesure avec n’importe quel autre style, et la puissance d’évocation renfermée dans un seul mot est telle qu’elle vous propulse tout droit vers la vérité profonde, indicible derrière l’écran des apparences et des mots. C’est pourquoi elle a traversé les siècles et les millénaires, et qu’elle a présidé aux révolutions et aux grands mouvements de l’histoire.

La poésie permet de ne pas se laisser enfermer dans les visions habituelles du monde, et de s’évader des conventions. Le langage est bien plus qu’un simple instrument de communication, de description, de transmission, de connaissance…Chacun des plus infimes signes de la poésie permet de dépasser le réel, ainsi que son propre inconscient, et s’adresse au plus profond de l’âme de chacun, dans un dialogue, un itinéraire vers une vérité ultime, au-delà des apparences, au-delà des réalités évidentes du monde.

La poésie n’est pas le miroir du monde, l’existence n’en est pas le point de départ, elle est le but à atteindre, le monde et sa construction sont les plus beaux objectifs du poète.

Vous trouverez de la poésie dans le roman ” le naufrage du Mari-ti“, et de la poésie pure : ” le goéland de jade.”

TEXTES SOUS COPYRIGHT ISABELLE VOIDEY. REPRODUCTION INTERDITE.


Au carénage.

Dimanche 15 avril 2007, matin.  Marée basse, coef 79. Nous sommes la veille des grandes marées. La brume se lève doucement. Réveil de la mer.

La marée découvre peu à peu les récifs et les bancs de sable de l’entrée du port. Les balises de danger isolé dressent fièrement leurs formes fines. Le fin fuseau de l’espar de la balise la plus éloignée, dispose ses larges bandes noires et rouges, surmontées de deux boules noires superposées, sur le rocher qu’il signale aux marins. L’autre, une tourelle maçonnée aux mêmes attributs, est érigée sur l’extrémité de la jetée. Mais leur dessin, et jusqu’à leurs couleurs sont si discrèts dans la brume et la calme matinaux, qu’il semblerait que les rochers eux-mêmes soient au repos, et ne présentent aucun danger à cette heure. Les balises sont suspendues, immatériels traits d’union entre le ciel et la mer.
Le regard seul ne peut dissocier l’eau de l’atmosphère. La mer est argentée ainsi que la brume, et paraît de même consistance. Leurs densités se rapprochent, comme deux dormeurs se blotissent l’un contre l’autre, au premier frémissement d’un état entre sommeil et réveil.
La surface de l’océan est plus lisse qu’un miroir; à peine une ride vient-elle de temps en temps rappeler qu’au large, un colossal réservoir d’énergie attend de se manifester.
Quelques voiliers sont posés sur la table de verre de la surface, comme de simples décorations disposées ici et là par une main mystérieuse.  Dans la cale asséchée par la basse mer, quelques barques attendent la marée sur les vaguelettes dessinées sur le fond par les courants. Seule cette esquisse vient rappeler à cet instant, dans un mouvement figé, l’éphémère absence du ressac. Plus loin, juste derrière une langue de sable plus épaisse reliant les rochers à la côte, la minuscule silhouette d’un pêcheur de coquillages attire mon regard. Elle se dirige vers une forme massive, arrondie et alongée, gisant sur le flanc, perçue au travers de cette brume et dans la pâle lumière du matin comme au travers d’un verre dépoli. Quelque carcasse de petit cachalot perdu ? Toutes les barques, ainsi que les vedettes de plaisance étaient orientées dans le même direction, pointant vers la côte pour prendre le sens du courant, et présentaient leur cabine et les ponts aux regard, couchées sur leur tribord. Mais cette forme, plus loin, m’intrigait. Point de contours anguleux de cabine, mais une masse arrondie. Le promeneur poursuivit sont chemin sans même lui accorder un regard. Observant plus attentivement, je compris que la masse compacte et rassemblée sur elle-même, écroulée sur son flanc gauche dans la crispation du dernier soupir, était une quille bleue de bateau plus gros que le reste de la flotte. Une coque massive et blanche, au-dessus de la ligne de flottaison, achevait d’évoquer l’infortuné mammifère marin.
Un léger flux de marée montant effleurait délicatement la surface de l’eau, la ridant parfois d’ondes timides. Le soleil, un peu plus haut maintenant, allégeait la brume, la colorant de fugaces fragrances de mauves très pâles, et réveillait l’eau en déposant sur sa surface d’agathe polie des baisers d’opale.
Mon regard revint vers la câle, où j’avais mis mon chalutier au carénage. Je traversai alors en pensée une prairie de petits rochers, que l’alliance des vagues, du vent et des courants, séculaire tailleur de pierre, avaient dispersés sur la grève pour les offrir au lent et patient polissage des rouleaux. Un banc de laminaires, de goémons odorants et de laitues de mer marquait la limite de la pleine mer. Des rivières en miniatures se frayaient un chemin sinueux et ramifié dans ces champs maritimes. Elle charriaient de touts petits cailloux, des éclats brillants de quartz et de nacre qui saupoudraient le fond du lit. Leur éclat était relevé par la transparence parfaite d’une eau vive et limpide, qui, de peur qu’on ne remarque pas, sans doute, la beauté de ce moment, grossissait chaque détail à l’instar d’une loupe. Descendant la grève, les rivières s’unissaient en fleuves. Le sable avait cédé à la vase, et les filets d’eau, à l’approche de la mer, s’accéléraient et creusaient les rigoles plus profondément, se hâtant de la rejoindre.
Regaillardi par l’énergie du soleil et de la marée montante, l’océan reprenait des couleurs, et s’ébrouait de vagues plus vaillantes. L’une d’elle s’enhardit et se jeta bruyamment sur le rivage, surprenant un goéland qui cherchait des vers dans la vase.
L’heure était venue pour moi de revenir à mon carénage.

Cauchemar.

- Nom d’un cachalot !  gronda Franck en se redressant, hirsute. Assis dans son petit fauteuil tournant, il hocha la tête, brandit les poings au-dessus de lui et leva les yeux au ciel.
- Mais qu’est ce qu’ils ont encore été nous pondre des articles et des alinéas à remplacer les précédents !  Et le gazoil qui monte encore !
Il était penché depuis plus de trois heures sur des problèmes de gestion plus difficiles à résoudre que les exercices de baignoire à remplir avec une fuite d’eau, pendant que l’instituteur la vide avec une fuite de bouchon. Son regard inquiet se posa sur le papillon bleu qu’un recouvreur de créances lui avait transmis la veille. Il réfléchit :
- Mais comment payer l’assurance du bateau ce mois-ci encore ?
Les dernières sorties de pêche avaient été médiocres, question de météo, et il avait loupé la journée de coquilles dont il espérait obtenir la sauvegarde de son douze mètres.
Il tremblait sous la tension, et la sueur froide coulait en rigoles de ses cheveux trempés jusque dans son cou fin et nerveux.
Laisser saisir ” Le Téméraire”, c’était perdre son gagne-pain. Sa maison, celle de sa femme et de ses enfants. C’était renoncer à la vie en mer. Naviguer, pêcher : il ne connaissait que ça. Il était incapable d’envisager de vivre différemment, ou au prix de souffrances insupportables et d’un renoncement total à lui-même. Il redoutait de ne pouvoir se reclasser dans la filière, et se voyait déjà obligé de quitter la côte pour les grandes villes, où il ne manquerait pas d’étouffer rapidement.
- Mais c’est de l’Océan qui coule dans les veines des marins !  Un sang bleu et noble ! Fruit de dizaines de générations de marins transmettant leurs savoirs, leurs traditions, leur sens de la mer ! Un sang bleu sacré par les larmes des mères et des épouses !
La gorge de Franck se noua dans le spasme d’un sanglot retenu.
Non ! Il ne pouvait se résoudre à abandonner son bâtiment aux créanciers….
- Un bateau, c’est vivant !  Il meurt, il crève, mais on ne l’abandonne pas !
Exténué, il décida que la nuit porterait conseil. En éteignant la lampe de bureau, il ne jeta même pas un dernier regard aux fatras de documents et tracasseries administratives et financières qui s’amonçelaient chaque jour davantage.  Depuis que tout se gère sur ordinateur, il semblait que le volume de papiers augmentait….
Franck grimpa doucement les marches de l’escalier qui menait à la chambre. Il vit un feu osciller un instant devant ses yeux, par la lucarne de l’angle de la maison. C’était le phare. Il balayait régulièrement l’entrée du port, s’éclipsant et reparaissant. L’escalier craqua  légèrement sous ses pas, et Franck redoubla d’attention : il était tard, et sa femme devait déjà dormir. Il devina sa silhouette sous la couverture, un bras replié sous l’oreiller. Cette tendre tranquilité l’apaisa. Il la rejoignit bientôt, et, toujours en prenant soin de ne pas troubler son premier sommeil, il se blottit tout contre elle. Malgré tout, il ne parvint pas à trouver le sommeil. Il contemplait sa femme, et imaginait ses tourments et son chagrin s’il lui fallait abandonner la maison familiale. Femme de marin, ce n’est pas toujours facile, il le savait. Elle ne se plaignait pas, et l’aidait dans les travaux de préparation de pêche, de réparation et d’entretien du matériel, dans la gestion de l’entreprise comme du foyer. Elle était sa confidente, son soutien. Courageuse, patiente et toujours au poste. Le sommeil le surpris. Lourd, noir et brutal, celui qui vous saisit lorsque l’esprit ploye trop longtemps sous les soucis.  Sommeil sans trêve, nuit de cauchemars.
Il se retourna en grognant, agité par un curieux rêve :
Il voyait un restaurateur, Chris, en compagnie de Fred, un technicien de ferme marine.
Ils échangent les nouvelles autour d’une bière, sur la terrasse d”un café du port.
- Tiens, Jean à fait désarmer son bateau aujourd’hui, lance Fred.
- encore un ?
- Eh ! Oui !
Chris fut un peu surpris. C’est toujours dommage de voir partir un bateau, pensa-t-il. Mais après tout, le chalutier de Jean n’avait plus très fière allure.
- C’est vrai qu’il avait beaucoup vécu, répondit-il. Et Jean commence à boîter un peu.
- Mais ce n’est pas pour ça qu’il l’a désarmé !
- Ah bon ?
- Simplement, ce n’était pas un chalutier ” Had Ok”.
- Ah oui…
Il est vrai que tous les travaux menés par les scientifico-administrateurs du nouvel Etat Supra National, regroupant un certains nombre d’ Etats de l’ancien continent européen, démontraient que seuls les chalutiers Had Ok étaient aptes à la pêche côtière. Tous ceux qui étaient d’une couleur différente, où dont le capitaine ne rentrait plus dans les critères de la certification Had Ok, pour l’âge notamment, devaient être désarmés. Chris n’avait pas très bien compris pourquoi les chalutiers bigarrés qu’il avait l’habitude de contempler dans le port étaient déclarés incapables de pêcher, mais puisque toutes les études des scientifico-administrateurs du nouvel Etat Supra National le montraient….
Chris se dit que, du moment qu’il trouvait toujours du poisson pour garnir son assiette, il ne devait pas trop s’inquiéter. D’ailleurs, en regardant autour de lui, il constata que rien ne semblait changer, et que chacun paraissait continuer à vivre comme à l’ordinaire….ce qui le rassura.
Mais pour chasser un sentiment de malaise qui tentait de s’infiltrer, pervers perturbateur, objecteur et agitateur, il changea de conversation.
- As-tu vu Alain aujourd’hui ?
Alain était l’un des principaux poissonniers de la place.
- Oui, je l’ai rencontré ce matin, à la criée.
- Comment va-t-il ?
- Il est poursuivi en justice Supra Nationale par les “récupérateurs”.
- Mais pourquoi ?
- Les affaires marchent beaucoup moins bien depuis que les poissonniers ne peuvent plus vendre qu’une seule espèce de poisson.
Chris n’était pas encore informé de cette nouveauté. Il risqua :
- Un poisson Had Ok ?
- Non ! Un Poisson Unique ! Il faut un chalutier et un capitaine Had Ok pour pêcher du Poisson    Unique !
Chris tomba à la renverse.
Fred expliqua que le décrèt était sorti à peine quelques jours auparavant, mais que les effets de son application étaient déjà bien ressentis.
Chris répondit, en regardant autour de lui prudemment :
- C’est vraiment efficace alors ! Surement un signe que les scientifico-administrateurs de l’Etat Supra National avaient raison.
Chris tentait de dissimuler un malaise grandissant; il se raisonna. Après tout, ces décrèts sont promulgués pour le bien de tous, et chacun se doit de respecter la loi. Sans se poser de questions. Sans poser de questions.
Il revint à la conversation :
- La justice ?
- Oui. Les “récupérateurs” de l’Etat lui ont donné une semaine pour rembourser la perte d’exploitation.
- Il doit rembourser ses pertes d’exploitation ? Lacha Chris dans un souffle.
- Oui, c’est ça.
- A qui ? Insista Chris, toujours estomaqué.
- Je ne sais pas.
Chris ne comprenait plus du tout. Il regarda furtivement aux alentours, et finit par se convaincre que puisque c’était une mesure judiciaire de l’Etat Supra National, alors elle devait être fondée.
- Il m’a dit que presque tous les poissonniers sont touchés.
- ah ?
- Ils ne savent pas gérer.
- Sûrement.
- D’autres sont poursuivis pour avoir persisté à vendre de la sole, et du merlu, en plus du Poisson Unique. Sais-tu que l’Etat Supra National va aussi légiférer sur les marées ?
- Tiens? répondit Chris de plus en plus désemparé. Mais après tout, tant qu’on pouvait continuer à taper le carton autour d’une bière….et il faut bien faire confiance aux instances.
- Oui. Toutes les études montrent que l’amplitude des marées est mauvaise pour le Poisson Unique. Il faut un flux contrôlé. Les pêcheurs qui ont tenté de défendre les marées ont été sanctionnés.
- c’est normal. Si chacun commence à contester les experts….
- Oui.
- décidément ils sont très forts, dit chris avec un air approbateur.
- En effet. Et tu notera que la nouvelle flotte de chalutiers a déjà tenu compte de cette évolution.
- Oh ! Comment ça ?
- La longueur de la chaine d’ancre ….
- Ils pensent à tout !
Une idée traversa soudain l’esprit de Chris. Il se pencha et dit en chuchotant :
- Où en sont les accords de déversement des déchets toxiques au large ?
- Oh!  Ca ? On n’en parle plus, c’est affaire classée. Il fut bien que l’industrie, l’économie et les places boursières progressent.
Chris rougit, tout honteux de sa pensée dissidente et anti-sociale.
Le cauchemar transporta Franck sur un journal télévisé présenté quelques années plus tard : il annonçait un décrèt de désarmement de toute la flotte de chalutiers Had Ok : il n’y avait plus aucun Poisson Unique à pêcher. Ils étaient tous morts, et l’enquête des scientifico-administrateurs s’orientait vers la filière pêche, car toutes les études montraient….
Franck se réveilla en sursaut, poussant un cri, en sueur, essoufflé comme s’il avait lutté tout la nuit contre un démon. Incapable de se rendormir, il descendit à la cuisine se réchauffer une soupe. Il ouvrit le frigo et trouva un bocal de soupe de poisson. Il découvrit l’étiquette avec consternation : Produit en Union de l’Asie et de l’Inde. Importé par l’Etat Supra National.
Produit Unique.

Au port.

Assise sur la rambarde du bord de la jetée, elle fit une pause.
L’air chargé des effluves marines, mélange d’arômes du large et de la côte, se mariait, dans l’intimité de ce port de pêche, à la noble exhalaison des hommes aux travail. Les relans des chalutiers au quai, que venaient agrémenter de temps à autres une pointe de coquilles Saint Jacques fraîchement pêchées, célébraient ce mariage au son de la musique des moteurs au ralenti.
Le sable était si fin sur ces côtes qu’il se posait telle une gaze vaporeuse et translucide sur les reflets nacrés des morceaux de coquillages, dissimulant à peine ces larmes discrètes et résignées.
Sous les doigts impalpables d’une brise de printemps, le voile de gaze ondulait en scintillant, et s’unissait au vagues d’étale, roulant dans les creux des paisibles déferlements, dans l’étincellement d’une étreinte pudiquement dissimulée par un rideau d’écume.
Posant son regard en direction de la cale, elle découvrit “L’As de Trèfle” dans une manoeuvre executée avec la précaution alliée à la fermetée d’une main dont la sureté avait été forgée au cours de milliers d’heures de manoeuvres. Il s’apprêtait à accoster, perpendiculairement au quai, pour décharger par l’arrière. La poupe s’enfonçait sous le poids des sacs de mailles rouges gonflés de coquilles, empilés avec soin sur le pont.
Un Manitou s’était empressé de déposer une palette de chargement en bordure de quai. Un à un, les précieux fardeaux, au travers desquels on pouvait mieux deviner maintenant la courbe des savoureux coquillages, étaient pris à bras et déposés sur la palette. Chacun des marins s’affairait dans le calme et le silence, échangeant seulement quelques mots, autour de la colonne de coquilles qui grandissait peu à peu, cherchant un équilibre temporaire entre la mer et la terre. A peine le dernier sac avait-il quitté le pont, que le patron dégagea son chalutier d’une propulsion et d’un coup de barre vif et précis, laissant sans tarder la place au “Marginal” de son confrère, qui venait à l’instant de se placer en attente.
L’organisation parfaitement rôdée du retour de pêche impressionnait les promeneurs attentifs dont la curiosité ne cessait d’augmenter.
Le “Marginal” présenta son flanc gros de la pêche du jour au quai. Les coquilles étaient préparées sur le pont avant, et la ronde des sacs de mailles repris, roulant sur la palette. Les marins les empoignaient fermement mais avec autant de délicatesse et d ‘aisance que s’ils eussent pris une jeune mariée dans leurs bras.
Le ballet des chalutiers se poursuivit encore quelques temps à l’abri de la digue, certains déchargeant à quai pendant que d’autres prenaient le mouillage, alors que les derniers passaient seulement le môle.
Les marins s’affairaient toujours dans l’ordre, le calme et la bonne humeur. L’équipage d’un navire de 12 mètres à quai rinçait le pont à grande eau, au moyen du jet puissant d’un tuyau à large diamètre. La lance douchait vigoureusement le bois usé par les assauts des lames, rongé par la morsure du sel, dont les trombes et les rafales se disputaient habituellement les miettes sans pitié. Dans l’enceinte du port, elles étaient seulement emportées par le flot de la lance, poussées vers les écoutilles sous les coups de brosse appuyés en rythme par un deuxième équipier.
Plus haut dans la cale, le long de la digue, sur la rampe de mise à l’eau, deux pêcheurs achevaient de replier un filet. Tout près des lourds casiers entreposés le long des rochers de la digue, ils avaient déposé un bac gris, d’environ 1 m de côté, et préparaient avec soin le filet pour la prochaine sortie.
Plus aucun mouvement désormais dans le port : chaque bateau avait rejoint son amarrage.
Elle s’abandonna encore un moment à la sérénité de la douceur de ces premiers jours de printemps, et médita dans la contemplation des côtes découpées de la baie, dont les courbes ponctuées des éclats jaunes des ajoncs en fleurs ou des tâches plus sombres des genêts, plongeaient sur les récifs acérés qui affleuraient juste sous la surface, parmi des filaments de brume, la crevant parfois dans un saignement d’écume et un rugissement aussi bref que mortel.
Elle frissonna en réalisant combien “louper sa journée de coquilles” même par une si belle journée portant à la rêverie et à l’amour, pouvait préfigurer un terrible drame humain en mer, et briser des foyers unis de pêcheurs.

Jour de Pâques.

Ce lundi de Pâques fut une magnifique journée ensoleillée.
Depuis le matin, la baie castine, l’un des plus beau sites marins d’Europe, également lieu rare des plus fortes marées, ajoutait des nimbes à sa magie naturelle. Depuis l’extrémité Ouest de la Grande Plage bordant les Mielles, on ne voyait plus la pointe de La Garde. Tout juste pouvait-on apercevoir le monument élevé à Notre Dame de La Garde, instants fugaces de veille céleste.
Le banc de brume était maintenant scindé en deux longs rubans se déroulant sur tout la longueur de l’immense grève. L’un des rubans flottait sur l’eau, à quelques encablures, masquant totalement l’horizon, le découpant comme une frise irrégulière. IL demeurait, épais et floconneux, déterminé à ne pas céder la place à la faible brise. Le deuxième banc s’effilochait sur la grève en filaments hésitants. Ils s’avançaient en ondulant comme une flamme de bougie. Quelques uns formaient une brume légère, mise en mouvement par la musique de la brise de mer se mêlant sur le rivage à l’air venu de terre. La marée de morte eau était étale, pas une vague ne troublait la surface. Le calme parfait d’une profonde sérénité signait l’harmonie et la paix. La légèreté si vaporeuse des brumes ne laissait plus déterminer s’il s’agissait d’ondulations de flamèches de brume, ou si le sable ne se soulevait pas de lui-même pour se joindre aux éléments. Ils semblaient danser ensemble, en un lent tournoiement, relevé d’un fascinant et impalpable mystère.
Le banc du large dérivait lentement vers l’Est, tel un gardien protégeant ce rituel printanier des éléments. Jean avait l’impression d’assister à une fête, ou plutôt un hommage de l’air, de l’eau et du sable à la nature, saluant son réveil. Après quelques hésitations, les pruniers explosaient de couleurs depuis quelques jours, et chacun des bois et des jardins alentours se mouchetait d’un vert tendre. Les boutons de rose, enserrés dans leurs tuniques veloutées, s’apprétaient à éclore parmi les solfèges chantés des verdiers. Seuls quelques flocons d’argent de muguet rappelaient encore les derniers frimas et leurs furtifs semis de givre. Ici, et là, des touches d’ocre, un bouquet de mauve, de rose, une pointe de vermeil, s’assemblaient au vert encore pâle et délicat pour compléter enfin les bleus de l’océan et du ciel, sous les feux dorés d’un soleil plus doux. Le contrat était à nouveau scellé, socle sur lequel reposent les deux mondes, le minéral et le vivant, malgré les attaques des intempéries et des industries humaines qui jalonnaient dans le temps le chemin de leur quête de pérénité.
Le temps, justement, voici le troublion, le générateur d’imprévus, le point d’interrogation, et l’exclamation des séismes de tous bords. Le temps infini et indéterminé, mais d’une précision impitoyable, et d’une implacable rigueur. L’évènement est un accident dans le temps; heureux ou désastreux, il arrive et repart sans prévenir, réduisant parfois les projets des êtres humains en cendres, et les condamnant à gérer l’imprévu.
En effet, aucun animal ne sort jamais du milieu physique et temporel pour lequel la nature l’a doté. IL reste sur la zone géographique pour lequel il est adapté, et ne s’oppose pas au temps, quitte à hiberner. L’homme au contraire s’affranchit de ce qu’il ressent comme des contraintes. IL a développé une industrie, un art, pour s’adapter, sur terre, à la plupart des conditions de vie. Des techniques lui permettent de grimper aux montagnes, descendre dans les gouffres, voler dans les airs. Il affronte alors souvent plusieurs dangers. Lorsqu’il a voulu naviguer par-delà les océans, il a dû affronter tous les dangers en même temps. Parfois, souvent, le sang a été le prix du combat, mais l’homme a triomphé a plupart du temps. En revanche, le temps reste pour lui une énigme immatérielle autant qu’inévitable et concrète, aux multiples visages, insidieux ou brutal, et totalement hors de portée malgré ses efforts pour l’apprivoiser. La froideur et l’incuriosité temporelle, en opposition à l’ardeur créative humaine. Le destin, qui règle la vie des hommes et les conduit toujours à leur humble condition…
Suivant la dérive du banc du large, les effilochements de brumes de la grève se rassemblèrent peu à peu au pied de la pointe de La Garde, en une foule recueillie de gouttelettes en suspension, et restèrent immobiles. Ils masquaient la base de la falaise sur toute sa longueur, laissant seulement émerger l’édifice religieux.
Elle resta ainsi immobile quelques minutes, avant de se disperser. Une masse compacte contourna la pointe, passant doucement au-dessus à l’endroit où elle plonge en faible pente dans les flots. Quelques brumes, quant à elles, se dispersèrent parmi les maisons de granit édifiées à l’entrée de la falaise. Elles laissèrent enfin rayonner pleinement  le soleil, comme un point d’orgue du rituel.  A partir de cet instant, il sera le maître d’oeuvre, l’auteur et le chef d’orchestre d’une fantastique symphonie de la vie, où se mêlent rigueur des lois physiques et subtiles fantaisies de la nature, contraste des tons et des intentions, nécessités de l’évolution pour survivre, de l’adaptation amusée, dans un tableau naturel d’une beauté fascinante, éblouissante, créative et sans cesse renouvelée.

La bouteille.

Dans la nef de la cabine du chalutier de 12 mètres, où chaque centimètre carré a une histoire, séjour du marin-pêcheur pendant les brefs moments de répis, on pouvait voir, sur l’étagère, une bouteille. Au port, elle faisait tanguer les bons usages : les pensées s’entrechoquaient, les souffles s’affolaient, et la gaité réjouissait les coeurs.
Fil ténu tendu entre le marin et les éléments, elle tremblait parfois en mer dans les coups de vent qui éprouvaient son éphémère et fragile équilibre. Ni bruit de chute, ni chuchotis de verres cependant…
La bouteille était à peine éclairée par les stellaires lampes de la nuit au large. Elle était sans couleur, ainsi que la surface de l’océan. Comme lui, elle semblait changer d’aspect en fonction du temps, elle allait simplement au caprice de l’air. Gorgée de feu, ou vidée de sa substance, elle buvait à pleins poumons le pourpre sombre des orages aussi bien que l’or du soleil. Elle paraissait parfois prendre pour cible le regard d’un oiseau inconnu, posé sur le bord d’un hublot. Sous le soleil ou sous l’orage, du premier rayon blanc à la braise du couchant, elle tressait fil à fil un lien invisible entre le marin et les éléments.
Reflétant Sirius, elle semblait rêver, seule à seule avec l’étoile. Lorsque l’astre ne luisait plus,
dissimulé par quelque nuage, son reflet s’évanouissait. Mais le marin-pêcheur, au large, fermant les yeux, le voyait encore. Il distinguait aussi sa femme, à terre, le scintillement dans ses yeux bleus couleur de fleurs, rêvant elle aussi devant l’étoile, un bouquet de roses à la main. La vie est là, simple et tranquille, rien qu’un petit bonheur secret, sous le toit du ciel à peine bercé par la rumeur des flots. Mais voilà que le ciel monte et redescent, dans un mouvement allant en s’amplifiant. Bientôt il disparait, et ressurgit brutalement. Il semble se dissoudre dans la mer en un mélange opaque. Le petit chalutier court lui aussi contre le vent et les déferlantes qui l’agressent. Menacé à chaque instant de périr dans le tourbillon des vagues mugissantes poussées par un vent de grand frais et contrariées
par le mouvement inverse de la marée, il est entraîné vers les écueils dont les granits déchiquetés ouvrent déjà le flanc de la mer, laissant s’échapper un bouillon écumant dans une plainte douloureuse. Le vent forcissait et la tempête annoncée déployait ses forces  titanesques sur une mer de plus en plus forte, démontée, les creux augmentaient, et les déferlantes se déchaînaient au milieu du rugissement des rafales glaciales.
Un paquet de mer éclaboussa la cabine, et glissa un sanglot dans la bouteille. Le fragile équilibre se rompit, la bouteille vacilla sur l’étagère crevée par l’usure, pendant que l’ombre des lames descendait par les hublots.
Fidèle confidente des hommes, témoin discret de leurs amours, accompagnant leurs joies et leurs peines, portant leurs espoirs et leurs soucis, elle projetait encore son ombre sur la paroi de la cabine. Le flash d’un éclair colossal s’abatit sur le navire, déchirant ce que l’habitude faisait nommer ciel, mais qu’on n’apercevait plus, dans le claquement brûlant des convulsions du plasma. Unie aux mouvements furieux du petit chalutier, illuminée quelques secondes par une lumière si aveuglante et blanche qu’on ne voyait plus, la bouteille parut exploser de haine et de révolte. Le navire fut soulevé sur le travers par une
déferlante, dans le fracas d’une succession d’éclairs. Sur la paroi, l’ombre de la bouteille vacilla brutalement une dernière fois, avant de basculer, dans le retournement du chalutier. Elle flotta sur les lames qui giclaient dans la cabine, resta coincée un instant entre les casiers à poissons du pont, et disparu en mer,nageant entre deux eaux ainsi qu’un poisson blessé.

Récif.

Couché sur le dos, la masse abrupte et presque inaccessible de rochers tournoyait autour de lui dans un kaléidoscope vertigineux. Il n’était plus qu’un horizon dans un regard perdu.Le corps et les vêtements lacérés par les roches. Nul drame, nul discours, une coïncidence, tout au plus. Entre lui et les éclats de son âme : le vide.
Les doctrines sautent, les préceptes reçus s’effondrent, les explications sont réduites en cendres : la vie est directe. Elle lui tombe dessus en même temps que les ressacs glacials qui viennent agresser le récif et son naufragé. Dans le flux de l’enchaînement de circonstances qui l’ont conduit à chavirer, soumis, il disparaît. La seule chose qu’il parvient encore à réaliser, c’est l’imminence d’une mort certaine. Tout son être vibrait comme une corde tendue à bloc et palpait ce danger mortel. Le ciel se paraît d’un dôme d’étoiles, et nulle part, nul éclat de phare, nulle lumière humaine. Ses cheveux noirs plaqués par l’eau de mer, il abandonnait son corps au récif. Paralysé, il préfigurait les ombres nocturnes.
Une pensée soudain étrangla sa gorge dans un spasme douloureux. Il revoyait sa femme, et les moments d’amour qu’ils avaient partagés. Les enfants qu’elle lui avait donné. Sous l’effet de la terreur, de l’épuisement, du froid et du chagrin, des spasmes provoquèrent de terribles nausées. Il respira doucement, en expirant profondément. Il vit de nouveau le visage aimé de sa femme, la ligne de son cou, la douceur de la courbe de l’épaule,et la délicatesse du sein. En pensée, il se plaça derrière elle, caressa de sa main droite la naissance du galbe;
parti de l’extérieur du sein gauche, il décrivit la courbe féminine, l’enveloppa tendrement un instant, puis remonta doucement vers le coeur. Gardant sa main droite sur le coeur de la femme tant aimée, il posa sa main libre sur le ventre maternel. Puis, enserrant le corps de sa femme dans ses bras, il la serra fermement contre sa poitrine. Il parvenait à sentir son odeur, il percevait sa chaleur, la douceur de tout son être. Ces quelques instants suffisaient à l’apaiser, le rassurer, lui donner la force de survivre, de ne pas céder à la furie des éléments pas plus qu’à celle des hommes. Mais la nuit se déchira alors au vertige de la douleur, le ciel s’écartela à la perdition de l’âme, dans l’atroce contradiction de ce moment où l’être tend toutes ses ressources pour retrouver l’être aimé,
alors qu’il se voit mourir, sans même pourvoir lui dire au-revoir. Le marin rude et aguerri par les années de pêche en mer, où le danger fait partie de l’armement, endurci par les épreuves, les tracasseries sans fin, les
adaptations perpétuelles aux changements incessants de réglementation, aux baisses de revenus….le marin était disloqué. A l’effort violent succédait l’épuisement. Fracas de sa vie et de son être. Les membres brisés du corps moribond ployaient sous les assauts des lames. Mais si les mouvements du corps étaient visibles, ceux de l’esprit, aussi désespérés et douloureux, restaient cachés. Le vide de son âme tuméfiée mouilla ses yeux et les larmes se perdirent dans les embruns.  Une douleur vive le transperça comme un éclair de feu, achevant de briser son corps et de déchirer son âme. Une vague plus forte l’avait jeté violemment contre le rocher, lui brisant la jambe. Le hurlement du marin ne trouva d’autre écho que le rugissement de la tempête. Seuls les berniques qui colonisaient le rocher semblaient pleurer des larmes noires, ruisselant par les veines blanches du granit. Quelques goélands, amers, courbaient la tête sous les rafales. Noire également, l’encre des nuages estompait la lune. La nuit de plus en plus profonde et vide enfouit ce destin tragique dans le secrèt d’une solitude absolue. Débordé par le chaos de douleur et de terreur, il puisa dans ces dernières forces, puis plus rien. Les larmes du marin étaient figées sur son visage comme des coulures de cire sur un cierge.

Le coup du lapin (réel).

Je ne suis pas d’un naturel superstitieux, penchant même plutôt pour un scepticisme éclairé, sans pour autant m’opposer à certaines croyances encore tenaces aujourd’hui. En somme, je suis plutôt animée d”une bienveillante curiosité.
Mais pendant le stage national au large de formation des futurs patrons et sous patrons de vedettes de sauvetage, basé dans la légendaire cité corsaire de Saint Malo, j’ai pu observer en direct la démonstration d”une croyance que je reconnais en rougissant n’avoir pas pris du tout au sérieux de prime abord.
Les marins issus de la marchande, les vrais marins professionnels, sont particulièrement attachés au respect des contraintes liées à cette forme un peu particulière de superstition. Elle est ancrée comme une vérité plénière, et occupe l’une des premières places des 10 commandement de la marine.
Il s’agit du mot interdit, celui qu’on désigne en plaçant les deux mains sur le sommet de la tête, doigts tendus vers le haut, et pouces repliés vers la paume, de façon à représenter autant que faire se peut de longues oreilles. De façon à éviter les confusions avec d’autres attributs animaux placés sur le crâne, il est d’usage de replier les doigts d’une main, de façon à casser l’une des oreilles. Ainsi, tout le monde comprend qu’il s’agit d’un *.
Les vrais marins vous briefent sur ce point lorsque vous intégrez un équipage, et ceci sans plaisanter. Dans certains ports, vous seriez jetés dehors si vous osiez prononcer ce mot, même aujourd’hui.
Il est vrai que les rongeurs désignés par ce terme de vocabulaire étaient redoutés sur les bateaux en bois. Il faut replacer les navigations dans le contexte d’une époque sans aucune assistance électronique, ni radio, ni secours. Elles duraient pendant plusieurs mois d’une solitude rompue seulement par quelques escales et les tempêtes.
Si vous aviez le malheur d’embarquer accidentellement un * à bord, les conséquences pouvaient être fatales. Les * se reproduisaient et rongeaient la coque en bois jusqu’à couler le navire.
Aujourd’hui la révolution des systèmes de navigation et des matériaux met les équipages à l’abri des rongeurs et améliore la sécurité des traversées. Pourtant, les marins continuent à interdire “le” mot. Comme si le terme lui-même continuait à produire les dégâts provoqués autrefois par  l’animal qu’il désigne.
Bien conscients pourtant qu’ils vont prêter à sourire, les marins soutiennent fermement que prononcer ce mot à bord provoque avaries et ennuis…et l’interdisent formellement.
Comme tout le monde, j’ai souri lorsque Yourik, l’ancien capitaine de marine marchande, chef de port, chef de station de sauvetage en mer, un collosse herculéen solide comme un roc m’a briefée sur ce commandement lors de mon arrivée à bord.
Je vérifiais l’armement du pont arrière avec un Yvan, autre stagiaire, venu de la méditerranée, du côté de Cannes. Yourik s’affairait en cabine, coordonnant les appareillages des cinq vedettes.
Il passa la tête par la porte et me lança d’une voix puissante:
- Isabelle, attention, il ne faudra pas prononcer “le” mot ! me dit-il en plaçant ses deux mains sur la tête et agitant les doigts.
- Quoi ?
- Le mot… reprit-il en agitant de nouveau les doigts sur la tête, il ne faudra pas le dire !
Il hésita, avant de poursuivre en m’observant avec inquiétude :
- J’ai remarqué….il y a toujours des coïncidences….
- de quoi tu parles ? intervint Yvan, surpris, avec son accent du midi.  Du lapin ?
Yourik agita frénétiquement l’index et le majeur devant lui, dans un mouvement de ciseau.
- Non!… il ne faut pas le dire !
Yourik était démonté. Il rappela à Yvan pendant plusieurs minutes les origines de cette tradition de la marine. Il ne savait plus comment contourner le scepticisme amusé du cannois trop habitué sans doutes aux extravagances et exagérations.
Désemparé, Yourik le colosse se redressa vivement dans l’embrasure de la porte de pont :
- Je suis certain qu’on aura des ennuis avant trente minutes !
et sa tête heurta violament le montant. A demi assommé, se tenant la tête à deux mains, il se retrouva assis par terre. Il avait à peine eu le temps de terminer sa phrase !!!!
Stupéfaite, et bien que me rendant parfaitement compte qu’il s’était fait très mal et avait frôlé la fracture du crâne, je parti d’un éclat de rire qui se transforma bientôt en fou rire devant la mine dépitée de Yourik. Je n’avais jamais vu une démonstration arriver aussi vite! Il avait mal au crâne, moi aux côtes.
- Oh! Mais tu vas voir, ce n’est pas fini ! me dit-il en retournant en cabine.
Nous avons appareillé sans problème et procédé à des manoeuvres au larges pendant plus d’une heure sans le moindre souci, au point que je ne pensais plus au * . Mais celui-ci allait se manifester sous la forme d’une panne de moteur. Un équipier était muni de sa ligne de vie, harnais destiné à nous arrimer au bâtiment dans certaines situations, afin de nous prémunir contre une chute par-dessus bord. Ce harnais était attaché à son flottable VFI, et pendait sur trente centimètres, replié, devant lui. Il s’accrocha sur la vanne de coupure d’urgence de gazoil; le moteur gauche, privé de carburant, s’arrêta. Par bonheur, il n’avait pas désamorçé, mais il fallut plusieurs minutes au mécanicien de bord pour le remettre en route.
Le lendemain matin, nous avons de nouveau quitté la base pour le port. Notre véhicule s’est arrêté juste après une entrée de parking, afin de permettre à Franck de passer au bureau de tabac. Assise à l’avant, je regardais distraitement par le rétroviseur, lorsque j’aperçu une voiture qui rentrait très lentement sur le parking. Je vis d’abord le capot, puis le milieu, et je ne pu réprimer un sursaut de surprise en voyant un homme au volant et une veste all-mer snsm sur le toit ! la voiture poursuivit son mouvement à très faible allure; ce qui me permit de voir enfin l’arrière, et Yourik qui poussait ! Il était tombé en panne de carburant.
Arrivés sur port, nous préparons notre vedette pour l’appareillage. Tout s’est passé sans encombre jusqu’au moment de démarrer les machines. Le moteur gauche, ayant vraisemblablement pris des bulles d’air au cours de la coupure de la veille, refusait de se mettre en route.
Je suis convaincue. J’emporte désormais un petit sachet de sel dans ma poche, afin de le jeter par-dessus mon épaule si jamais le mot est prononcé.

* lapin.

Le pique-nique ( mise en scène des 2 sauveteurs hélico ).

Les éclats de rire rebondirent sur les murailles abruptes des falaises. Ils ricochaient sur les parois lisses, comme des galets sur la surface miroitante d’un lac de montagne. Ce dimanche de Pâques était magnifique : une douceur printanière imprégnait l’atmosphère, de celle qu’on ne trouve que dans les lieux des aurores virginales, en altitude. L’air pur et ténu avait depuis longtemps laissé poussière et vacarme dans les vallées. Il s’alegeait des troubles du monde en s’élevant, relâchant ses propres atomes, en quête d’une pureté absolue jusqu’à se transformer en esprit d’atmosphère évanescent. C’est ainsi qu’une délicate ivresse imprégnait chaque minéral, chaque être vivant, les animant d’une joie paisible et innocente. Les montagnes, immobiles et immuables mastodontes de roc, aux yeux du profane, jouaient avec la lumière. L’atmosphère était devenue lumière, une lumière d’une intensité, d’une transparence, d’une profondeur et d’une palette de couleurs telles que vous la receviez comme un choc de splendeur. Elle était un spectacle, une beauté prodigieuse à elle seule. Et les montagnes s’en jouaient. Elles semblaient se déplacer, si proches, presque à toucher de la main, puis s’éloignaient avec espièglerie lorsque vous essayiez de les rejoindre. Elles présentaient fièrement leurs profils, leurs arrêtes, pivotant et se parant de teintes variées sous les diverses inclinaisons des rayons lumineux. Tout en jouant de leurs ombres sur les plateaux, de leurs reflets dans les lacs, elles veillaient sur quelques moutons floconneux paissant entre leurs cimes. Un accès de malice entraînait parfois l’une d’elle à pousser un cumulus dans un léger souffle, le promenant au-dessus des plateaux pour effaroucher les marmottes aux aguets. De temps à autres, le vol d’un chouca ou d’un aigle ajoutait à la majesté de ces jeux de titans.
Marie rêvait. Elle communiait avec les éléments, et se ressourçait. Elle renouait avec le bonheur, une paix profonde et une joie simple qu’elle partageait avec Guy, son fiancé. Les deux savoyards étaient venus passer le week-end de Pâques aux Rochers Blancs, la ferme-auberge d’alpage d’un ami d’enfance de Guy.
- Viens ! Dépêches-toi ! Le dernier arrivé aura un gage !  lança joyeusement Marie à son compagnon.
- Attends que je t’attrape ! rétorqua Guy dans un éclat de rire.  Passionné de photo et grand amoureux de la nature, il s’était attardé sur une nappe de cardamines, qu’il avait découvert en contournant un piton rocheux éloigné du sentier. Une dizaine de petites fleurs blanches à quatre pétales à peine rosés émergeaient d’une touffe de feuilles rondes au vert tendre. Ces petites feuilles comestibles à saveur piquante poussaient dans les lieux très humides et ombragés tels que les sources et les ruisselets, jusqu’à 1800 mètres d’altitude.
Guy se dit que le lac ne devait plus être loin.
- Alors ? C’était plus facile dans la montagne à vaches ? le taquina-t-elle.
- Je m’arrête pour prendre des photos. Je pratique la randonnée intelligente moi !
- pff ! pff ! pff ! Prétexte pour souffler, tout ça !
- Attends voir un peu !  et le vigoureux jeune homme, piqué au vif et amusé par les provocations de Marie, s’élança pour la rejoindre. Marie, de constitution sportive, couru pour tenter de maintenir la distance le plus longtemps possible. Guy la rattrapa finalement dans un virage du sentier qui avait ralenti la course de la jeune femme. Reprenant tranquillement leur souffle, ils poursuivirent ensemble à pas lents et mesurés, se tenant tendrement par la taille. Un impétueux ruisseau courait dans un plis de La Blanche. Il longeait le sentier sur quelques centaines de mètres, surgissant des éboulis qui précédaient une ligne de sapins, puis dominait un instant le plateau de l’Ecrin avant de se précipiter en cascade dans le Lac de l’Aiguille Rouge. Guy et Marie se laissèrent conduire par les eaux blanches si caractéristiques des fontes des neiges et des glaciers, un peu plus haut. Après un dernier raidillon, ils débouchèrent sur un surplomb rocheux. Ils s’imobilisèrent tous les deux, saisis par la beauté du panorama. Leurs yeux affamés se repaissaient de visions non plus naturelles, mais quasiment surnaturelles tant la réalité et l’imaginaire se fondaient en un Tout. La raison humaine était balayée par la formidable extase qui ne manquait pas de remplir les coeurs devant une beauté si parfaite. La fatigue de la montée, les crampes, les douleurs, la faim, la soif, le poids des sacs, rien ne résistait. L’égo non plus. Plus de statut social, de compte en banque, ni d’orgueil. Chacun retrouvait sa place originelle dans le monde naturel tel qu’il a traversé les temps depuis la Création.
- Comme c’est beau…. dit Marie dans un  souffle.
- A rester sans voix…acquiesça Guy à voix basse.
- Pourquoi tu chuchotes ?
- je ne sais pas. Peut-être suis-je impressionné ?
- Moi aussi. Regarde cette ligne de crêtes, droit devant !
Guy contempla longuement le panorama déroulé devant lui. Il tâchait de graver chaque instant de façon indélébile dans sa mémoire. Il prit son appareil photo numérique, un modèle professionnel. Il braqua lentement l’objectif sur les escarpements tourmentés de granite et de gneiss bordés de sillons sédimentaires du massif de La Fare, en face de lui, de l’autre côté d’une vallée profonde. Le massif cristallin, peu étendu mais élevé, débutait à l’Ouest par une sorte d’échine, puis un renflement arrondi en forme d’encolure, peuplé de sapins. Une série de dents, de fractures, d’effondrements et de failles fortement soulevés poursuivaient vers l’Est, à plus haute altitude, à une moyenne de crête que Guy évaluait aux alentours de 3000 m. Le pic le plus élevé culminait à 3468 m, comme le lui avait appris son ami aubergiste. Grâce à lui, Guy était capable de lire, dans les basculements des blocs et la géométrie des roches, l’histoire tectonique du massif. Il déclencha une série de photos en mode panoramique. Puis il visa des cibles plus proches, sur son versant à pente plus douce, parsemé de ruisseaux et de cascades. L’objectif s’arrêta sur l’immense plateau sillonné de petites failles et de blocs basculés, situé un peu en contrebas. Après les grands bouleversements tectoniques qui avaient formé ses massifs, les glaciers du quaternaire avaient terminé de façonner le plateau, avant que l’érosion du vent, le ravinement des pluies, le travail du gel, n’effrite le sol. Ses roches arrondies et usées affleuraient en champ de bosses immenses au milieu d’un tapis ras. Guy prit une autre photo. Finalement, il orienta son objectif sur un creux plus important parmi les failles, creux dans lequel s’était niché le lac. Il était d’un bleu si intense qu’on aurait dit un saphir brillant dans un écrin de velours vert et de roches cristallines. Emu, et soudain traversé par un transport de coeur, il prit la main de Marie dans la sienne et lui murmura sur le ton de la confidence :
- regarde, ma chérie, on dirait que ce saphir t’attend depuis toujours, à l’abri dans son écrin. En disant cela, il avait serré sa main un peu plus fort.
Les prunelles de Marie scintillèrent de mille feux. Elle se tourna vers lui et approcha son visage du sien. Guy prit les deux mains de Marie dans les siennes et les posa contre son coeur. Leurs deux fronts se joignirent tendrement, alors que les lèvres s’enfiévraient. Dans un même élan, ils échangèrent un baiser intense, seuls au monde, dans le silence de la cathédrale de roc.
Un imprévu vient soudainement les tirer de leur passion : un fracas assourdissant et terrifiant explosa, puis résonna longuement avant de mourir dans les échos. Le sol indomptable des Alpes venait de se rompre, et dévalait un couloir, depuis une crète désolée et nue en surplomb, dans un bruit effrayant, vers une ravine profonde où toute végétation semblait morte. Les quartiers de granit, sombres gisants du fond de l’abîme, bordés du linceul noir de sapins dépouillés, furent couverts d’une nuit de poussière mugissante.
Marie frissonna, un trouble indéfinissable l’envahit. Lequel d’entre nous n’a pas connu ce sentiment de fragilité de l’espoir, l’attente d’une décision sans appel du destin ?
- Viens Guy. Rejoignons le lac, il est à peine à 20 minutes de marche.
- On a eu de la chance ! Une avalanche de pierres juste sous notre nez ! Je l’ai prise en mode camera, la vidéo sera terrible !
- Viens ! insista-t-elle en l’entraînant sur le sentier.
Cependant qu’ils progressaient, une végétation vive et fraîche reparaissait sur les bords du chemin. Ils abordaient une zone de confluence de petits nants — c’est comme cela que l’on nomme les torrents et les ruisseaux dans la région — qui débordaient régulièrement lors des pluies printanières, transformant cet endroit du plateau en véritable oasis de verdure. Ils continuèrent un peu vers le Sud avant de bifurquer à gauche. La pente s’accentua assez vite, jusqu’à atteindre 45° dans la dernière descente avant le lac. L’écume blanche du nant le plus proche bondissait entre les roches blanches des gneiss, et le pourpre des dolomies relevées de colonies de lichens jaunes. Ils n’avaient plus d’yeux que pour cet endroit riant et tranquille, et s’impatientaient à la perspective du déjeuner sur le lac.
L’eau en haute montagne est aussi rare et précieuse qu’en plein désert. Selon la roche, l’eau de pluie s’infiltre dans le sous-sol pour former des rivières souterraines, ou ruisselle et dévale les pentes de rocailles imperméables. Ce que Guy et Marie voyaient palpiter dans les veines des nants, c’était le sang de la vie. Et la vie est un luxe en altitude. Un luxe fragile et dérisoire, que tout un chacun tend à oublier si facilement.  Une évidence qui fait reculer la fatitude des hommes assez crédules et suffisants pour penser qu’ils tiennent en mains leur destinée. Une évidence qui met en garde l’homme contre son ambition sotte de vouloir dépasser sa condition à n’importe quel prix. Guy, le pilote hélico sauveteur, comprenait ce fondement universel et recevait l’essence de la vie comme un don. Lorsqu’il sentait son hélico vibrer dans ses reins au décollage, et qu’il refermait ses mains sur les commandes, il se sentait reconnaissant. Point de recherche de sensations, et encore moins de puissance. Une reconnaissance humble et simple d’un pilote prodigieusement doué, qui ne pouvait être vaincu par aucun incident mécanique, aucune difficulté technique, aucun phénomène météo. Marie était pilote elle aussi, elle volait en meetings aériens, où elle était connue pour ses démonstrations spectaculaires, et évoluait vers l’aviation sanitaire. Sauveteur dans l’âme également.
Marie bondissait comme un chamois entre les rochers du bord, cherchant celui qui fournirait la table et quelque siège pour le pique-nique. Elle ne tarda pas à découvrir l’endroit, et déposa son sac à dos sur un petit talus herbeux.
- qu’est ce que tu nous as préparé ? demanda Guy, dont l’estomac creusé par la montée s’intéressait de très près au contenu du sac.
- pique-nique du terroir, préparé avec l’aide de notre aubergiste !
Marie sortit un demi de Roussette et le tendit à Guy. Il prit la bouteille et l’ouvrit, puis versa un peu de vin dans son verre, qui prit une couleur jaune paille, claire et brillante. Il goûta une gorgée, et découvrit le fruité discret auquel se mêlait des aromes floraux, et une note de noisette.
Pendant cette dégustation, Marie avait sorti une boîte hermétique contenant des diots aux sarments. Cette saucisse de montagne prenait un goût particulier lorsqu’elle était cuisinée sur des sarments de vigne récupérés de la taille de l’hiver, et c’était une spécialité de l’aubergiste, dont il s’était fait une fierté et un devoir de remplir le sac de Marie. La montagne savoyarde exigeait depuis des siècles que ses habitants puissent conserver leur viande toute une année, et qu’ils puissent la transporter facilement. C’est pourquoi la tradition des charcuteries, salaisons et viandes séchées ou fumées étaient si développées, et les savoyards comme l’ami aubergiste avaient hérité d’un savoir-faire inégalable, et parfois original dont ils étaient très fiers. Un peu de viande de boeuf séchée, la viande des grisons, relevée d’un filet d’huile d’olive ou de jus de citron, des tranches de jambon fumé, de rosette, aux saveurs inimitables, embaumaient aussi le sac de Marie. Elle déballa quelques tranches de Beaufort et de saucisson fumé, pour en garnir des tranches de pain paysan, pain de campagne avec un peu de seigle, en alternant le saucisson et le fromage. Elle ajouta sur la table de pierre une petite palouse des aravis, sorte de double reblochon affiné comme une tomme, un peu de salade mêlée, et quelques fruits.
Ils profitèrent longuement de ce moment de détente. Ils l’appréciaient particulièrement après l’effort de la montée, dans cet amphithéâtre somptueux et sauvage.

Scène d’amour (les deux sauveteurs, avant la mort de Guy en intervention).

Une pénombre douce et secrête abritait l’alcôve, provenant de la fenêtre à croisillons ornée d’une frise de bois sculptée. La fenêtre s’ouvrait sur un balcon en bois sombre, bordé de jardinières, et les persiennes étaient restées ouvertes pour profiter de la beauté de la nuit. Des rideaux de velours rouge sombre, traversés dans leur quart supérieur par une large bande blanche à motifs, tamisaient avec précaution l’éclat de la pleine lune et des étoiles, si dur à cette altitude, si bien que la lumière semblait aussi douce et chaleureuse que celle de bougies. La chambre d’amis sentait bon; le délicat encens des sucs exhalés des lambris et des poutres massives participait à l’éveil des sens. A l’extérieur, aucun bruit, hormis le chuchotement d’une fontaine toute proche, creusée dans un vieux tronc de mélèze.
Le corps de Marie ondoyait sous le drap, laissant deviner la rondeur du mollet, la courbe de la cuisse repliée, la rondeur de la hanche, et bientôt, le galbe du sein à peine dissimulé, sur lequel venait mourir le tissu dans un dernier frémissement. Guy était à ses côtés, dans le lit rustique de sapin teinté miel, et décoré, à la savoyarde, de quelque motifs aux couleurs vives. Le drap même, lavé à l’eau des nants, et séché à l’air vif, pur et parfumé de l’alpage, semblait s’adoucir davantage qu’ailleurs pour accueillir les voluptés de l’amour. Guy contemplait sa compagne et percevait pleinement la tendresse qui les unissait, au-delà du désir charnel et des émotions. Leurs sentiments étaient offerts sans contrainte. Ils ne connaissaient pas le reproche, ni le conflit, et s’exprimaient à chaque instant de façon discrête et fugace, par le toucher, la douceur, la délicatesse, l’attention, portés par un geste, un regard, une intonation de voix, le respect, la considération. Mieux que tout autre préliminaire, cette tendresse omniprésente révolutionnait les sens, les préparaient à recevoir ce cadeau, ce magnifique aboutissement de l’union de deux êtres, lorsque leurs corps fusionnent le temps d’une apothéose amoureuse. Leurs ébats amoureux étaient d’une rare intensité, dans leurs manifestations extérieures, mais aussi et surtout dans leurs ressentis. Guy songea combien il était heureux, et se pencha sur Marie. Ses lèvres se posèrent comme deux ailes de papillon sur sa bouche et s’envolèrent aussitôt pour se poser plus loin, juste sous le lobe de l’oreille. Elles longèrent un instant la ligne fine de la machoire, avant de plonger avec délice dans les courbes du cou, buvant au nectar du velouté de la peau et du discret parfum corporel. Marie savourait elle aussi ces baisers, et son corps se détendait avant de se tendre à nouveau dans l’expectative des moments à suivre. La tension amoureuse augmentait rapidement. Marie répondait aux baisers de son amant par des caresses, laissant glisser ses deux mains le long de son échine, depuis les épaules puissantes, jusqu’aux reins dont elle attendait la jouissance. Les poitrines se rapprochaient dans l’élan amoureux, puis, dans une double respiration, les bouches s’offraient l’une à l’autre. Les mains rôdaient sur les hanches et les coeurs palpitaient sous le flot ardent de la passion qui embrasait maintenant le sang. Les reins se cambraient pendant que les sens se cabraient, dans un effort pour se retenir. Guy ferma les yeux et respira profondément, puis, d’un geste lent, il écarta la fine soie du déshabillé, depuis le croisé des seins jusqu’au seuil des bonheurs ultimes. Le désir brûlait, mais le geste était tendre. Guy caresse une dernière fois le velours de la peau avant de plonger dans les extases du calice. Des baisers affamés palpaient les cuisses, les genous, les corps, tantôt lascifs, tantôt fougeux, aux gré des élans de Guy et de Marie. Tous deux cédaient maintenant à la passion puissante qu’ils ne pouvaient pas réfrener plus longtemps.Ils passèrent soudain des caresses fougueuses aux vigoureux élans de fauves.
Les genoux de Marie fléchirent, répondant à l’impulsion souple et voluptueuse des reins de Guy, dans un écho réponse à son amour. Les corps tressaillèrent, les coeurs frémirent et les âmes fusionnairent dans l’union intégrale des êtres brûlants d’amour, entre deux cris vifs à peine étouffés par un baiser passionné. Les étoiles elles-mêmes attendaient, leur scintillement répondant aux ébats des deux amants. Puis  l’échine redoubla d’efforts, délivra son chaud trésor dans les frissons du paroxysme…. et porta l’amour au firmament.
Soupirs profonds. Chute des épaules, ligne épurée du cou. L’apaisement des corps qui suit l’extase de la sensualité naturelle et spontanée. La paix du coeur, celle de l’amour authentique et sincère. Le bonheur de deux êtres, enlacés dans une délicieuse plénitude.

Pour l”intégrale, il faudra acheter le bouquin :-) .

Le Goéland de Jade : 59 poésie, sur tous les thèmes, dans tous les styles.


1- Le vieux pêcheur.

Les voiliers école naviguent fièrement dans la baie du prieuré.

Ils frôlent les élégants catamarans.

Le vieux pêcheur sourit et agite la main,

Salut cordial et encouragement ému,

Il se souvient des coquillages ramassés sur la plage,

Des premiers bords avec son père,

Des campagnes dans l’Arctique,

Des tempêtes du Cap Horn.

Il hoche la tête, le vieux pêcheur.

Assis sur une caisse à crevettes,

Il ôte sa casquette,

La serre contre son coeur,

Et prie.

2- La perle.

Sur le fond tendu de satin bleu,

Où l’océan s’unit au ciel dans un infini prolongement,

Où le reflet des falaises rejoint celui des pins,

Le vieux gréement dessine un éventail et se gonfle doucement.

Au son de la tourterelle qui roucoule,

Il palpite sous la respiration de l’océan.

Le ciel déverse des flots de paix et d’espérance,

Par la caresse d’un souffle d’or.

La digue aux cormorans retentit du chant des pensées,

Du promeneur silencieux et paisible.

Sous le jardin de magnolias et d’orchidées,

Les plus subtiles poussières du monde,

S’évanouissent dans un tourbillon.

Alors, dans le miroir de jade,

L’esprit libre irradie comme une perle.

3- Méditation.

Tristesse, joie et absence passent, indifférentes,

Comme la pluie tombe goutte à goutte,

Sur le quai,

Toute la nuit,

Puis s’écoule dans l’océan,

Alors que le jour se lève.

4- Union céleste.

Des récifs sauvages cernent la passe,

Le gracieux navire tend ses voiles et cherche le passage.

Voici que sur la mer se lève le soleil ardent;

Le bateau n’existe plus que pour s’unir à l’océan.

La coque effilée brille une dernière fois,

Et le frêle esquif rejoint l’astre radieux.

Les nuages errants me rappellent le voyageur,

Et le soleil couchant, cet instant unique.

5- Contemplation.

Nul son humain dans la baie de Quiberon;

Juste le ressac sur le vieux ponton.

Les rochers silencieux du printemps

Se renvoient l’écho des goélands.

Une voile traverse l’horizon,

Si lointaine et presque en demandant pardon,

Océan et vent,

Vagues et cormorans.

Je les salue et entre en prière.

Contemplation du nuage solitaire,

Des flots bleus et verts,

Des matins et des soirs,

Et du voile de soie de l’espoir.

6 – La promenade du clair de lune.

Sur la promenade du clair de lune,

Les bourgeons des camélias explosent de couleurs vives.

Les pontons de bois se mirent dans la baie limpide.

La baie brille comme un saphir sous le vent du soir.

Le port berc quelques bateaux amarrés,

Au son des notes de flûte dans les gréements.

Sous les ombres longues des camélias,

Attendez la nuit profonde et flanez,

Laissez-vous flotter dans la méditation.

Rien n’égale la perpétuelle ivresse,

De la contemplation d’une baie parfumée au printemps.

7 – Saint Malo.

L’aube va naître sur la cité corsaire,

Mais les étoiles luisent encore.

Impénétrable, le silence de l’océan.

La lune est submergée d’un flot pourpre,

Clairsemées sont les étoiles.

Le sable se réveille sous la brise de mer,

Chants des mâts de misaine,

Goélands dans le vent.

8 – Soupir de brume.

Une plume à la main,

La jeune fille se laisse caresser,

Par les nuées de brume.

Le ferry se dessine peu à peu,

Silhouette floue et fantastique,

Au son des cornes de brume.

Les voiliers sont pleins de clair de lune,

Bercés au creux de l’insondable.

Soupir de brume…

9 – Hommage.

Sous le divin firmament,

L’ondulation du Temps,

Comme la vague de l’océan de l’avenir,

Scintille et porte son message,

Jusqu’aux rivages inconnus de la pensée humaine.

Le monde, jeté sur la grève palpitante,

bercé par le reflet plaintif,

S’abandonne à contempler les flots séculaires.

Soudain, Pris d’une folie de ravages,

Il se lève et brise ce miroir en le maudissant,

Dans un tumulte profane et brutal.

Les cieux, trahis dans leur bienveillante splendeur,

Condamnent la pensée humaine à l’errance.

Alors que le monde expire dans sa quête stérile,

Les âmes sublimes voient arriver le flot nouveau,

D’êtres plus grands que l’homme et pus petits que Dieu.

Porté par cette vague mélodieuse qui chante,

Comme une poitrine qui s’abaisse et se soulève,

Le Temps éclot dans la majesté silencieuse des rives recueillies.

10 - Nuances.

Milles nuances de bonheur jaspent nos vies éternelles et fragiles.

La richesse de l’être se découvre dans la pauvreté de l’avoir,

L’émerveillement du don et de l’entraide,

Les petits bonheurs simples chaque jour recueillis…

S’évanouissent les jours de tristesse, chagrin et désespoir

Le Seigneur Tout-Puissant, éperdu de tendresse,

A posé sa main sur notre épaule.

Cette prière est pour vous, plus profonde et plus riche que toute parole humaine,

Car elle résonne d’abord dans la demeure céleste pour vous toucher.

11 – Méditation sur la colline.

Les ajoncs de la colline,

Ondulent derrière l’écran du puits ancien.

Goélands argentés et pétales de fleurs au vent

Les précèdent;

Silence et paix.

La brise parfumée de printemps descend du flanc ensommeillé.

Sur les rides du ruisseau,

Les nuées matinales sont si pures,

Qu’elles semblent de la gaze.

12 – Instant ineffable.

Dix mille ans ont passé sur la baie,

Un bref moment pour Toi, l’Eternel.

Chaque instant est parfait et ineffable,

Car il est créé de tes mains.

A coeur proche de Dieu, ce lieu est sanctuaire.

Je me laisse vivre sur le rivage,

Livrée à la seule contemplation des dons du Seigneur.

Solitaire, seul le Créateur Tout-Puissant est mon maître,

Nulle velléité humaine ne vient s’abattre sur moi.

Sur la baie qu’embrument sans fin les nuées blanches,

Je m’en remet à la tendresse divine.

Joyeuse, je chante des louanges à mon Seigneur.

13 – L’oubli.

Le vent murmure dans les voiles fières,

Le clapotis contre les piliers chante sans fin,

Le ciel est serein de toute part,

Et la brume, blanche et pure comme une gaze;

En ce matin de lumière, elle reste assise là, sur le rivage,

A écouter le chant des oiseaux.

Dans l’oubli des chagrins et des tourments de sa vie,

Dans la prière adressée au Seigneur Tout-Puissant.

14 – Le lion.

Le Seigneur rugit comme un lion,

Et fracasse les méchants.

Panique des âmes errantes perdues dans leurs tourments;

Dieu avait frappé à leur porte,

Mais ils n’ont pas ouvert leur coeur.

Sa miséricorde n’a pas été entendue,

Pas plus que son Amour.

Ils sont aujourd’hui perdus et cherchent un sens à leur existence,

En vain, évanescence.

Seuls les coeurs proches de Dieu,

Savourent la joie paisible de chaque instant,

Contemplent chacune de ses créations avec sérénité.

Reflet du soleil levant dans la baie,

Brise parfumée de printemps,

Voluptueux bruissements d’ailes,

Pourquoi chercher autre chose ?

15 - Chapelet de cristal.

Dans le bleu de la brume,

S’évanouit l’ombre au loin de la voile.

les fleurs de camélias glissent sur l’onde

Ma main caresse l’ombre naissante,

Alors que la brise me porte jusqu’au ciel,

D’où je contemple, tout en bas,

Le chapelet de cristal de la baie.

Ma main saisit ce moment parfait,

Et je me plonge dans la méditation jusqu’à la nuit.

16 – Le crépuscule de l’ombre.

Murmure des vaguelettes sur une plage déserte,

Envol des mouettes au soleil couchant,

La silhouette se déplace furtivement.

Sous ses pieds nus, le froissement des algues encore humides.

L’océan, palpite, gonflé d’une tendre beauté.

Peu à peu, le ciel se parsème de fleurs célestes,

Doux et indulgent, il recouvre d’un drap bleu,

La silhouette évoluant dans les nuées naissantes.

L’ombre délicate contemple la beauté infinie et fugitive,

Dont son âme boit le nectar avec volupté.

Recueillie dans le silence du crépuscule,

Elle vit dans l’autre monde que personne ne possède,

Elle sourit, paisible, dans une prière intérieure ardente,

Plongée dans la beauté et la communion avec le Seigneur.

Vivant profondément chacun de ces instants,

Elle abandonne son corps meurtris par les maux,

Elle laisse le Seigneur adoucir son âme.

Jusque dans les derniers moments,

Son corps résonne d’amour, de paix et de gratitude;Puis s’avance une lueur de soleil,

Magnifique sur la baie,

D’une beauté saisissante.

La silhouette en extase tombe à genoux,

En cet instant divinement calme et frais,

Elle vient d’entrer dans un temps de bonheur parfait,

Pour l’Eternité…

17 – N’oublie pas.

N’oublie pas de t’arrêter un instant

Sur le miracle qui pénètre ton âme,

Pour l’accepter en silence et avec humilité,

Dans l’abandon à la plénitude de la vie.

N’oublie pas le mode d’existence des choses tranquilles,

Ni de laisser la vie couler en toi,

Comme le chant des pierres au clair de lune,

Et participer à leur calme béatitude.

N’oublie pas d’ouvrir tout grand ton âme,

Et de plonger dans la quiétude qui t’attend,

Au-delà des vaines frénésies du monde en perdition,

Assieds-toi près d’un ruisseau et laisse parler ton coeur.

N’oublie pas alors d’écouter la mélodie de l’eau,

Et de lui laisser porter tes soucis jusqu’à la mer.

Car la paix est la forme de bonheur la plus juste.

Ne t’inquiète pas, ne te hâte pas, et arrêt-toi pour sentir les fleurs.

N’oublie pas que ton séjour ici est un instant,

Apprécie toutes les formes de paix présentes dans la nature,

Et ressent ton appartenance à cet ordre Créateur,

Dans le vaste et suprême silence de l’océan infini de calme.

La détresse de ta solitude nocturne brisée de désirs inutiles,

Deviendra douceur du calme de la nuit étoilée,

Notes d’une douce harmonie.

Alors la paix résonnera en toi aussi.

18 – La forme la plus juste du bonheur.

La forme la plus juste du bonheur

Se trouve au sommet des montagnes et des cimes,

Au fond de l’horizon et ses vagues ultimes,

Dans les profondeurs de l’océan et de ses abîmes,

Dans l’éclat d’un phare perdu dans la nuit noire,

Assis sur le bord d’une jardinière de fleurs d’ivoire,

Ou sous un pêcher aux doux arômes du soir.

La forme la plus juste du bonheur,

Se trouve auprès des siens chaque matin,

Dans les doux rires et calins enfantins,

Dans le bleu de leurs yeux cristallins de bambins,

En composant dans leur coeur un jardin divin,

Dan l’élévation de leur innocence, enfin,

Même dans les moments les plus sombres du déclin.

La forme la plus juste du bonheur,

Est un miracle accepté;

La paix qui pénètre l’être après avoir fleurté,

S’y promène et s’arrête dans l’instant d’affinité,

L’acceptation de cette profonde sérénité,

Essentielle et d’une essence céleste de sainteté,

La forme la plus juste du bonheur.

Assieds-toi sur le rocher que l’embrun dénude,

Et laisse parler ton coeur que trop souvent le monde élude.

Ouvre ton âme et reçois le don sacré de la plénitude,

Laisse les flots emporter dans leur clapotis, et exsude,

Les souffrances que tu leur livre et les peines si rudes.

Dépouille-toi de tout avec gratitude,

Abandonne-toi ensuite à la brise de plénitude.

Car de la paix germe la sérénité,

De la sérénité éclot la douceur,

Comme une rose de bonheur,

Couverte de perles de larmes.

Et la douceur comme la rose

Subjuguent et conquièrent par le pouvoir

De leur beauté et de leur oeuvre de paix,

La forme la plus juste du bonheur.

19 - Incertitude.

Je ne suis pas sûre d’être riche, en voyant les vêtements des pauvres;

Je ne suis pas sûre d’être saine, en voyant les peuples sans soins;

Je ne suis pas sûre d’être juste, en voyant régner partout l’arbitraire;

Je ne suis pas sûre d’être honnête, en voyant la cupidité ronger le monde;

Je ne suis pas sûre de ma morale, en voyant la perversion normalisée;

Je ne suis pas sûre de l’amour, en voyant tant de haine et de trahison;

Je ne suis plus sûre d’être humaine, car enfin quoi, nous sommes tous frères !

20 – Marée.

Dans la mémoire du grimoire,

La gloire et les déboires;

Le front de l’ancien ceint de lauriers,

Au foyer, dans le flot de larmes noyé,

Contemple les espoirs des rêves dorés brisés.

Il continue pourtant d’avancer,

Et chancelle, sans cesse remué,

Par le courant de la colère qui gronde,

Du peuple en trombe et en fronde :

Elle sera demain  de l’Etat la tombe.

Car devant cette mer des hommes,

Le rocher même du pays se consomme.

Ecoutez ! Ecoutez ce peuple rebelle,

Et craignez ! Craignez la colère qui l’appelle !

Car le peuple vient et monte tel une marée d’équinoxe,

Trouble tragique de la cosmographie d’Eudoxe,

A tout moment peut surgir la fronde,

Qui fonde d’un seul mouvement comme une vague de l’onde,

Un ordre nouveau sur la nation moribonde.

21 – Le paquebot.

Tu me sembles bien indécis, toi, le paquebot solitaire.

Je t’ai vu arriver, fier et majestueux, depuis le large légendaire;

Aux récifs, prémices déchiquetés des côtes de la civilisation précaire,

Tu as ralenti l’allure, hésité devant le fanal incendiaire,

Pour stopper juste à l’entrée du chenal, à l’ancrage.

Comme s’il était difficile de quitter le noble océan sans naufrage,

Les horizons célestes et sauvages,

L’éther pur et son immaculé ombrage,

Pour retourner au monde chaotique et violenté,

Déchiré et déchiqueté, morcelé,

Epaves et ruines d’un rêve perdu et sabordé.

Tu pontes vers le port d’écume nacré,

Tes flancs tremblent mais ne s’élancent pas,

Tu observes, tu attends,

Je te comprends.

Les récifs et les écueils meurtriers de la passe,

Qu’il te faut braver encor après les ouragans du large,

Ne t’effraient pas, valeureux paquebot en marge.

C’est le port supplicié qui de terreur te charge,

De la lourde quille aux cheminées si larges,

Jusqu’au plus reculé des boulons il t’émarge.

22 - Ligne d’horizon.

Assis sur le rocher,

Les pieds posés sur un coussins de balanes,

Recouvrant chaque pierre dans ses moindres recoins,

A l’unisson des tourbillons de sable d’or,

Qui montent, éclosent et retombent en panachent étincelants,

Puis flottent lentement,

Dans la quiétude des eaux turquoises du lagon.

A gauche, les écueils et les récifs tranchants du large,

Les dents dressées vers le ciel,

Parmi lesquels le paquebot attend de rentrer au port.

A droite, en suivant le chenal tracé par les balises,

Parmi les hauts fonds et les rochers à fleur d’eau,

S’élance, magnifique et grandiose,

La cathédrale de granit de la cité corsaire,

Guide lumineux du bastion fortifié de la civilisation,

Contre les assauts furieux des tempêtes hivernales.

Droit devant, après le tombeau de Chateaubriant,

ilôt de gloire et vestige de lumière,

La ligne bleue de l’infini, de l’aventure ey du sauvage,

Puissant, ténébreux et grandiose,

Fascinant autant que dangereux,

Confondu avec la ligne des cieux,

Avec le céleste lui-même,

Comme un avertissement d droit divin,

A la foule téméraire des orgueilleux.

23 – Mariage de l’océan et du firmament.

Où pourrais-je être plus éloignée des cieux

Que sur la grève de sable blanc, au bord de l’océan ?

Et pourtant, une ligne, impalpable, irréelle,

Réunit devant moi, sous mes yeux, l’eau et le ciel.

Aussi loin que porte mon regard émerveillé,

Je contemple la raie de l’océan,

L’esquisse du tracé de l’empyrée,

Nettement séparées et pourtant unies, confondues.

Aucune vague ni houle,

Point de vent ni pluie,

L’océan et le ciel se déclinent en lignes parfaites

Mêlées dans un même souffle de vie et de beauté :

La ligne d’horizon, une et indivisible;

Aucune main humaine ne peut rompre cette harmonie,

Que le Créateur a édifiée.

Parée ce jour béni d’une écharpe de flocons immaculés,

Jouets du créateur amusant le Zéphyr,

Elle appelle à méditer et à prier,

Sur notre condition au regard de Dieu.

De ligne elle se courbe au plus lointain,

Epousant parfaitement le contour de notre terre,

En un anneau universel et tout-puissant.

Bleu l’océan comme bleu le ciel,

Célestes couleurs pour le mariage suprême

De l’océan, source de vie primordiale,

Et du firmament, source de la création.

24 - Les papillons de mer.

Deux voiles à l’horizon,

Deux ailes qui se confondent,

Le goéland surgit,

Dans un scintillement d’écume,

Blanche et pure elle aussi,

Sauvage et innocente,

Comme l’enfant qui jaillit des vagues,

Criant de joie et d’émerveillement.

L’enfant revient vers sa mère en courant,

Essoufflé, émerveillé il raconte

Ses pêches miraculeuses, ses conquêtes sur les rochers,

Et lui montre fièrement ses “papillons de mer”.

Alors les papillons déploient leurs ailes de nacre,

Et rejoignent l’horizon turquoise,

Les deux voiles à l’horizon,

Comme deux ailes qui se confondent,

Portés par la caresse de la brise de tendresse.

25 – Chimère.

Il était né ainsi qu’une chimère,

Frêle sous le sein de sa mère,

Son père vint s’asseoir, amer,

Et attendit que la vie l’éclaire.

De l’enfant qui tremblait,

Déjà la vie s’effaçait,

Mais sa mère qui l’aimait,

De tendres soins le nourrissait

Jusqu’à ce que son doux sourire,

De l’ange fragile ramène le rire.

Du berceau de l’enfant tous apprirent,

Le don céleste de l’amour pour grandir.

26 – L’enfant roi.

Dans la pénombre douce de la chambre d’enfant,

Flotte un parfum de pureté aux innocents relants.

La mère avance doucement vers le lit sacré :

Tout petit, l’enfant repose sur le côté.

Du bras rose replié devant lui,

Le petit poing sous la lune reluit.

Ses lèvres laissent échapper un frêle soupir,

Comme ses rêves semblent le ravir.

La mère émue contemple son petit ange heureux,

Les reflets de la nuit dans ses fins cheveux,

Et sent monter des entrailles jusqu’au coeur,

Ce merveilleux saisissement de bonheur,

Dont seul un enfant possède le pouvoir.

En ce royaume on aimerait à croire…

L’âme inondée de tendresse,

Avec précaution elle le caresse.

Puis, d’un geste doux et familier,

Elle ajuste l’oreiller de celui qui sait régner

Sur son coeur de femme.

27 – Toi, l’enfant maudit.

Pauvres petits êtres, pourquoi sont-ils donc nés ?

Un enfant aux yeux purs était assis, seul contre un mur sombre.

Noir et froid le mur de sa chambre, embués de brume les yeux de l’enfant.

La peau blanche de son visage sacré ruisselait de larmes limpides.

L’enfant pleurait. ” Je ne veux plus te voir ! Va-t-en ou je te cogne !”

L’enfant pleurait en silence, déversant son désespoir et frissonnant de détresse.

Son regard, si joyeux auparavant, se noyait d’effroi et de mort.

“Je t’aime maman, je t’aime papa.”

L’enfant disparaissait peu à peu, abandonné même par le jour qui ne semblait plus luir.

S’enfonçant dans un chagrin qu’on ne console pas.

Arrivé aux portes de la mort, il se mit à rêver :

Il sentit la main douce de sa maman posée sur son front;

Entendit sa voix qui chantait tendrement des mots doux,

L’odeur familière de son papa le rassurait et son rire lui donnait du courage.

Ouvrant ses yeux d’enfant, il se vit dans le regard de ses parents :

Il se sentit beau, il se sentit important,

Alors il devint brillant comme une étoile, et l’univers s’ouvrit devant lui.

28 – Le gardien.

Tu prends un stylo couleur noir de dignité petite Rose,

Et ta main délicate et potelée d’enfant de chair rose,

Trace quelques traits malhabiles sur une feuille blanc de pureté.

La feuille immaculée frémit sous la main enfantine,

Tandis que la paume chaude la caresse d’innocence,

Soudain une tâche de pourpre innonde et éclabousse

Le papier, l’enfant, giclées de souffrances,

Petite Rose attends, les yeux clos,

Dernière dignité,

Le noir…

Et le pourpre,

Petite Rose ouvre ses yeux bleus,

Bleus de rêve et de tendresse, et d’espérance,

Qui ne voient que le tracé enfantin sur la feuille blanche,

Et rien d’autre,

Car la lumière du jour ne peut pas être plus pure que dans ses yeux,

Elevée au rang des anges, l’enfance telle une translucide évanescence,

D’une radieuse et divine pureté, belle jusque dans la quintessence de son âme,

Jette un pont,

Entre deux mondes,

Celui de l’amour et celui de la haine,

Comme un chemin sauveur pour l’humanité,

Que l’unique ange gardien protège sous la lumière divine,

En déployant ses ailes célestes au-dessus de l’enfance menacée.

29 – Voiles immaculées – Nuées de mariniers.

Les enfants de la baie du Prieuré

Régatent sur leurs petits voiliers

A l’ombre des cyprès séculiers,

Candides et innocents mariniers.

Ils s’évaporent,silencieux, sous le ponton de bois ancien,

De goélands argentés, de pétales dorés précédés.

La brise de printemps descend la colline ensommeillée,

Parfum de roses de mai et d’algues flottant tel un gardien.

Sur les rides de l’onde de jade,

Les nuées matinales sont si pures,

Qu’elles semblent de la gaze.

Seigneur ! Sois loué pour cet instant parfait !

Soudain, sur la digue aux noirs cormorans,

Un violent torrent de cris d’oiseaux effrayants.

Les récifs dans le brouillard se fondent par dizaines.

Cent mille pieds d’abîme funeste s’ouvrent sous les tristes carènes.

Les esquifs palpitants se dessinent peu à peu :

Le petit bleu, celui de l’enfant au gilet rouge,

Ils semblent revenir de lieux mystérieux,

De rêves d’enfants, d’aventures passionnantes.

Mais deux flottent comme des poissons morts,

Le ventre en l’air et le flanc éventré.

Les voiles maculées sont déchirées,

Les mâts broyés sous l’horrible sort.

On entend les sanglots d’effroi des victimes,

Des âmes dénudées livrées au crime.

Le grondement du monde étouffe les cris de l’enfance,

Et la violence du prédateur qui aspire la jouvence;

D’un vaste linceul blanc les frêles esquifs sont enveloppés.

Puisque rien n’arrête le bras destructeur,

Quelle que soit sa condition, je dis, quelle que soit sa condition,

Alors adieu pauvres petits,

Adieu Estelle, Jonathan,

Vos compagnons d’infortune,

Adieu à tous ceux, tous ceux oui,

Que l’on arrache à leur famille,

De part la loi,

Ou contre elle.

30 – Le sable est doux.

“Maman ! Le sable est doux ! “

Clame joyeusement l’enfant.

ses cheveux d’or ébouriffés par la brise d’août,

Il rapporte fièrement une plume de goéland.

La mère et l’enfant plongent leurs regards de rêve,

L’un dans l’autre dans un éclaboussement de tendresse,

Dans la symphonie des vagues sur la grève.

L’enfant pose la tête contre le coeur de sa mère qui le caresse.

Répondent ainsi à l’unisson, maman et bambin,

Par une prière d’amour émue au Dieu glorieux.

A la bannière de l’amour céleste et divin,

Dont les suprêmes couleurs ondulent sur l’onde bleue.

31 – La légende du silence.

Le silence est une absence,

Absence de bruit, de son, de parole,

Comme pour passer la vie sous silence.

Le silence est un isolement,

De ceux qu’on refuse ou rejette,

Comme pour étouffer leur souffrance.

Le silence est une conspiration,

Mais les non-dits sont plus ardents que l’éloquence,

Comme pour absoudre les criminels.

Le silence est l’antichambre de la mort,

Il chuchote avec l’anéantissement,

Comme pour priver l’homme de son privilège de langage.

Le silence est impalpable,

Il est invisible comme le souffle létal,

Et pourtant fait hurler de douleur.

Le silence deviendra peut-être recueillement et méditation,

Elévation de l’esprit et de l’âme vers un niveau transcendé,

Comme si Dieu élevait les victimes vers le ciel.

32 – Lueur.

Elle est née d’une incandescence,

S’est élevée en tremblant, avec prudence,

Se rassurant elle se renforce et danse,

Ondulant à peine, faible présence.

Elle éclaire de minuscules pattes noires,

Sur une matière fine et intégrale,

Et des courbes reliant cette forêt de grimoire,

Dans un silence de cathédrale.

Compagne de la recherche de la vérité,

Témoin originel de la pensée,

Guide lumineux de l’écriture,

Et fragile comme les pages si pures.

33 – Reflets d’automne.

Nuit de pierre.

Mon coeur d’automne,

Ivre sous le vermeille

Du lierre qui s’étonne,

Répond au choeur des oiseaux,

Comme un cri de torrent d’appeaux.

De la lune enflammée,

Une larme de givre a coulé.

Portée par le vent du ciel,

Elle cristallise le bois qui l’appelle.

Forêt de feuilles,de lumière cristalline poudrée,

Les sapins, d’un manteau de brumes rouges se sont enveloppés.

Une perle brille dans la paix des cieux:

C’est la lune d’automne dans la fraicheur des lieux,

C’est mon coeur de lune dans l’écho des cieux.

34 – Rabougri.

Me promenant sur le sentier tranquille,

D’un pas nonchalant de rêveur solitaire,

Je buvais à la source d’harmonie,

Me purifiant du chant joyeux du ruisseau endiablé,

Ecoutant le refrain de la brise dans les cimes;

Le rossignol complétait le choeur divin,

Appelant de ses notes les étoiles radieuses.

L’ai constellé de senteurs crépusculaires

Me remplit d’un trouble qui me fit vasciller.

Je m’assis sur un coussin de roche

Et m’abandonner à contempler un petit arbre.

C’était un drôle de petit tronc tout maigre,

Avec des petites branches tordues s’élevant vers les cieux

Comme un faisceau de bras grèles implorant des grâces.

Il était courageux ce petit arbre !

Planté tout seul contre un vieux mur,

Il semblait vouloir se dégager des gravas.

L’automne l’avait privé de sa parure de feuilles

Exposant son frêle squelette à la morsure de la bise.

Le brouillard s’épanchait en ondulant,

Tel un manteau posé par la main divine;

Le drôle de petit arbre se drappant à son tour

Dans l’habit de neige et de lueur céleste,

Je crus voir, entre les plis de la brune,

Des larmes de givre sur l’écorce meurtrie.

35 – Le vieil homme et la maison.

Dans la solitude du royaume d’horizon,

Accostée à l’onde bordée de forêts giboyeuses,

Etait une maison rustique et antique,

Mais admirable avec son air vénérable;

Devant, un jardin, petit mais orné d’une treille,

Pour T’annbelle, la fidèle compagne de chasse.

Derrière, un verger peuplé de vieux pommiers

Souriant au chant de leur apothéose.

Je vois encore ce vieil homme solitaire,

Dans sa veste témoin d’anciens mystères,

Avant le jour, levé pour la besogne;

Comme il les connaissaient bien, les travaux de peine !

Il avait peu de gain, et un coeur noble sur la main:

Toujours, un pauvre dans l’infortune,

Franchissant l’ombre de la tonnelle de grappes,

Recevait un bout de pain,et une tranche de dignité.

La soirée était douce sous les flocons d’étoiles,

La rosée se déposait vers la source,

Le ciel semblait peint au pinceau,

Livré aux courbes des moineaux;

L’air sentait bon le foin,

On entendait le silence au loin.

J’allais le coeur paisible,

M’adonnant aux délices de la simplicité.

36 - Le four à pain.

Je n’ai pas vu le soir venir,

Courbée devant le four à pain;

Le gai vol des oiseaux a cessé,

La nuit drape doucement la plaine.

La voûte céleste, majestueuse sérénité,

Est éclaboussée de gouttes de lumière.

Authentique émotion et liberté sans fin…

37 – Avril aux fleurs de brume.

Je suis partie seule dans la nuit sur ma barque;

Près de l’ilot de brume, sur le fleuve pur,

Je veille sous la clarté de la lune ronde.

Silence du vent, écho de l’eau,

Je m’incline devant le pur parfum

D’avril aux fleurs de brume.

38 – Le banc de pierre.

Assise seule sur mon banc de pierre,

Je lève les yeux pour voir la chaumière;

Le crépuscule a balayé le soleil,

Doux le parfum des lilas en fleurs.

La lune m’inonde de sa blancheur immaculée,

Le chant des grillons emplit la campagne,

Tumulte du monde, pourquoi te rechercher ?

39 – Monde au-delà des mondes.

A l’heure où l’étoile du berger

S’accroche aux cerisiers en fleurs,

Où le vole rapide des oiseaux cède

Au bruissement furtif d’une petite roussette,

La rivière elle-même semble adoucir son clapotis,

Comme pour veiller la campagne endormie.

Je n’habite nulle part dans les mondes,

Je demeure simplement dans le Monde.

40 – Promeneurs.

Nous sommes des promeneurs dans l’amour immortel,

Aux terrasses du ciel nous buvons nos pensées,

Et nous mangeons les brumes jusqu’au coeur de la montagne.

Mont de printemps, torrent de saphir, nuit de lune,

Ivres sous les fleurs nos coeurs s’enchevêtrent,

Nulle part je n’habite si ce n’est dans ton coeur.

41 – Translucide évanescence.

Ne plus être, sortir de son corps,

et n’en plus voir que le fil mince jusqu’à la transparence;

Transcender dans une transe lucide cet objet convoité,

S’évaporer en esprit de corps et distiller la quintessence de l’âme,

Pour ne conserver de l’évanescente existence,

Que la noblesse et la bonté.

42 – Brumes d’aurore.

Me promenant entre deux rangées de rosiers,

Dans la fraicheur des brumes de l’aurore,

Je ressens l’harmonie du réveil de la vie,

Le tapis de fleurs se déroule sous mes pieds nus,

Une brise de rosée dépose des perles de lumière,

Dans les champs engourdis et silencieux.

La rivière ondule et se ride dans l’ombre rose,

Ses flots se fendent aux piliers du vieux pont.

Mon coeur est nuit évanescente, mon âme aurore naissante.

M’asseoir sur un nuage et ne plus me soucier de mon chemin !

43 - Nuit d’ivresse.

La nuit s’unit au ciel dans un jaillissement d’étoiles :

Se dissout la poussière du monde,

Se dispersent les idées.

Je m’abandonne à la féérie jusqu’à l’ivresse,

Buvant à la source de la Voie Lactée.

Les fleurs du cerisier glissent dans l’eau,

Echos du clapotis,

L’esprit libre, je ris.

44 – Nuit d’harmonie.

Sur le gazon épars et tendre,

Inondé de la blancheur laiteuse,

Au creux d’une douce nuit de lune,

Les pâquerettes à peine écloses,

Semblent briller comme des étoiles.

Du nid délicat du rossignol,

S’élève le chant longtemps espéré.

Les buissons exhalent un  parfum nocturne,

A l’unisson, les pêchers ouvrent leurs bouquets

Dans une harmonie de couleurs.

Un nuage s’attarde un instant

Pour se jouer de l’astre des nuits,

Et regarder courir son ombre

Entre les parterres de violettes

Et les cris de la chouette.

45 – Le chalet perlé.

Niché entre des sapins alourdis de neige,

Il est isolé parmi les derniers domaines vierges.

Dans le silence solennel des montagnes couronnées,

où retentissent les avalanches de coulées enneigées,

Le petit chalet perlé de givre

Semble garder la paix de vivre,

Des marmottes, chamois, des aigles,

De ce royaume sacré et convoité.

Il veille sur les gouffres et les rocailles,

Avec la fierté du bois de ses entrailles.

Qu’elle est muette la cheminée de pierre

Depuis que le vénérable patriarche repose en terre;

Le vieux chalet demeure dan sles somptueux sommets,

Humble dans sa solitude sans âge,

Resplendissant dans sa noblesse de neige,

Ultime gardien entre la terre et le Ciel.

45 - Le chalet de givre.

Niché entre les sapins alourdis de givre,

Il est isolé parmi les domaines vierges.

Sous le ciel violet aux accents de pureté,

Dans la lumière qui dévale des nuées effilochées,

Les flancs des monts semblent si proches,

Que l’on croit toucher les nobles roches.

Crêtes violentées, surplombs vertigineux, aiguilles acérées,

Dans un tournoiement de parois verticales et d’échos de tonnerre,

Elle semble avoir rêvé de vertige, la terre,

Avant de se dresser en une colossale cathédrale.

Le perce-neige s’obstine à déployer ses pétales,

Le bouquetin court sur les ruisseaux de glace :

Fugaces visions de merveilles !

L’éclatant bouquet de vie dédie sa beauté au soleil.

Dans le silence solennel des montagnes sacrées,

Où retentissent les avalanches de coulées enneignées,

Le petit chalet perlé de givre

Garde la paix du froid qui ennivre,

Des aigles, des chamois, du prix du combat,

L’éblouissante hostilité du fracas des gravas,

De ce merveilleux royaume de rocailles,

Avec la fierté du bois de ses entrailles.

Comme elle est triste, la vieille cheminée de pierre

Depuis que le patriarche repose en terre.

Le vieux chalet demeure seul dans les cimes altuières,

Humble dans sa solitude d epierres,

Comme l’ultime gardien du chemin

Entre la terre et le firmament divin.

46 – Chanter l’hiver.

Chanter l’hiver qui s’annonce dans la violence des rafales,

Pour ne pas craindre les morsures de sa bise haineuse et glaciale,

Chanter l’interminable nuit qui d’angoisse vous fait trembler,

Pour que nos voix enfin unies balayent les monstres sans résister,

Prier en levant les mains au ciel, dans une ronde humaine,

Pour ne pas perdre espoir, pour dire au monde “je t’aime”,

Cirer aux barricades ” bercez l’enfant qui peure de terreur”,

Pour se délier des chaînes et couvrir les hurlements de la fureur.

Chanter à en perdre haleine jusqu’à ce que le souffle divin

Nous ennivre à nous faire perdre la tête et oublier la faim.

Chanter sous les coups violents des bourreaux de glace,

Jusqu’à ce que Dieu vous emmène dans ses bras de grâce,

Pour que la colère des justes ramasse leurs forces transies

Et brise l’oubli de la tendresse comme la glace des coeurs sans vie.

Chanter pour que la neige redevienne blanche et pure,

Pour revoir les perles de cristal dans l’art de la nature,

Aimer les pas furtifs de l’ombre bleue des forêts givrées,

Chanter les enfants émerveillés pour ne pas les laisser briser,

Pour croire encore et de toutes nos forces à demain pour eux.

47 – Noble insoumission.


Là où les monts paisibles touchent l’azur,

Par-delà les espaces reconnus,

Demeurait un mangeur de cordes,

Ennivré de lune et éperdu d’étoiles,

Il vivait dans une noble insoumission.

Solitaire, il était son seul maître;

Assis sur un coussin d’herbes,

Il se nourrissait librement des cordes vassales;

Sous la cascade accrochée aux nuages,

Il lavait son âme de la servitude;

Alors il tendait la main pour poudrer de lumière

Les astres célestes.



48 – Un esprit libre.


Je suis un esprit libre !

Peu importent la vie brisée,

Le travail de subsistance,

Les rêves perdus et les espoirs évanouis;


Je suis un esprit libre !

Libre comme le jaillissement !

Libre de commandement !

Libre sous la domination !


Vous pouvez contraindre mon corps,

Je serai toujours un esprit libre !

Vous pouvez martyriser mon âme,

Je demeurerai encore un esprit libre !


Je suis un esprit libre

Libre et tumultueux comme l’océan dans la tempête,

Libre et tendre comme l’Amour,

Libre et vertigineux comme la vie et la mort;


Je suis un esprit libre.

18 réponses vers “Sauvetages, amour, poésie”

  1. iste a dit

    un p’tit poème en passant

    J’n'avais plus embrassé depuis des siècles
    sans que le ciel me tombe sur la tête
    alors un peu comme Heraclés
    j’ai les épaules et le dos vouté …. mais …

    mais … l’odeur de ton parfum
    et plus prés encore celui de ta peau
    à même chercher dedans ta main
    l’avenir en plus beau

    montre moi madame des lignes à l’infini
    donne moi juste de ton naturel
    quand il veut bien de moi
    alors je reviendrai d’entre les morts aussi
    même à pieds même sans aile
    mais je me donnerai à toi
    et jusqu’au ciel

    car

    ah mais qui sais quoi de l’esclavage d’avoir vécu sans amour ?
    d’avoir toujours su qu’il manque je ne sais quoi,
    Qui à ne vivre que l’autre qui s’en va
    n’a t’il pleuré de ne s’être battu que pour un regard

    toi qui me délivre depuis quelques jours de cette absence de vie ou j’étais enfermé
    toi qui m’ouvre à ton cœur et ce courage de me donner ta main
    tu vois c’est rien, bien sur j’vais pleurer comme seul pleure encore sans fin
    celui qu’attendait juste et sans même le savoir qu’on accepte de l’aimer

  2. Merci beaucoup, Paul, pour cette magnifique contribution poétique.

  3. iste a dit

    Bonjour,

    Sympa ça :

    http://www.youtube.com/watch?v=rnZHaPjmrYk

    à bientôt
    Paul

  4. iste a dit

    Avec ma vie
    d’avant ces derniers mois
    jamais j’aurai écris
    de ces mots là ….

    Avec ma vie
    d’avant ces derniers mois
    j’me serai dis
    sont bizarre ces gens la ….

    aujourd’hui j’suis la
    parmi vous
    même si parfois
    fais mal entre nous

    mais la vie, même en Forum
    faut des femmes, des hommes
    même si se voient pas
    des gens sont la …

    des gens sont la
    comme dans une gare
    certains ont l’train en départ
    d’autres on sait pas

    y a bien des voix
    des hauts parleurs de l’au de la
    qui préviennent des destinations
    des retards des raisons

    y a du Harry Potter dans l’air
    de quoi traverser les murs
    de quoi regarder vers le futur
    faire son choix de le faire

    c’est le chemin de faire
    facile en rigolade
    difficile dans les roulades
    de retomber à terre

    l’élan et le cœur à l’ouvrage
    en camarade sans complaisance
    en refus du moindre commérage
    en salut d’accepter en silence

    en salut d’accepter en silence
    chacun chacune
    que rayonne chaque présence
    le cœur à perte de dune

    et depuis l’immensité de l’espace
    je vous aime infiniment
    parce qu’aimer sans laisser de traces
    être et vivre simplement

    s’agit pas de petitement
    s’agit pas de benoitement
    s’agit pas d’apitoiement
    S’agit pas de précipitamment

    le miroitier de la place d’Italie
    le 20 09 2008

  5. iste a dit

    Elan
    Y a des gens je les aime
    sans savoir pourquoi
    sans raison à ceux-là
    Un élan qui m’entraine

    Quand mon cœur s’ouvre
    si j’me trompe pas
    c’que je sens me prouve
    que j’aime ces gens la

    Et c’qui m’étonne
    faut qu’le cœur m’étonne
    m’ébranle et m’assomme
    sinon j’suis pas la …

    Besoin de cet amour
    pas d’autre mot
    sans détour
    Besoin de cet amour

    Comme un bébé
    pas la peine d’en rajouter
    s’commande pas
    c’qui m’fait aimer

    alors j’en sais rien
    de comment faut exister
    des pourquoi
    des vérités

    des calculs de mal et de bien
    alors j’en sais rien
    j’suis la
    plus ailleurs mais la
    avec mon envie d’aimer
    et comme j’sais pas lire
    ben j’essaie de prier
    d’être moins pire
    qu’égoïste à tout penser

    parfois accepter d’aimer
    sans savoir pourquoi
    fait jusqu’à s’oublier
    et si présent à la fois

    pas facile à raconter
    encore moins à penser
    pas facile de rayonner
    l’inconnu en toute liberté

    le miroitier de la place d’Italie

  6. iste a dit

    j’ai ce rêve d’enfant
    qu’aujourd’hui encore
    mon cœur prend le temps
    de l’espérer si fort

    qu’il pourrait en être ainsi
    entre nous dans nos vies
    de s’parler même avec des si
    d’se parler pas une utopie

    ma conscience m’a montré
    enfant,
    se taire… puis les regrets
    ne pas faire … les regrets
    enfant …
    Enfant …
    ENFANT

    j’ai ce rêve d’enfant
    qu’aujourd’hui encore
    mon cœur prend le temps
    de l’espérer si fort

    Bien il a grandi
    l’enfant
    et moi à vieilli
    maintenant

    maintenant
    est-ce que j’accueille aussi
    l’enfant
    et son rêve d’autrement ?

    J’ai erré des années
    de désert en désert
    tell’ment paumé
    parfois tell’ment fier

    Paumé de ma famille
    de l’odeur vanille
    fier qu’il n’y ait rien
    rien ni autres liens

    Libre de rester seul
    et pas le choix, l’un seul
    parfois même bégueule
    sinon coup de gueule

    de l’autre côte
    de moi même
    souvent s’est interrogé
    sont loin, ceux que j’aime

    ceux que j’aime
    j’les connais pas
    j’ai peur, j’ai froid
    j’les trouve pas …

    ceux que j’aime
    s’approchent pas
    restent pas
    sont loin n’est-ce pas …

    J’erre depuis des années
    de désert en désert
    j’me suis paumé
    j’en suis pas fier

    j’les ai accepté
    jusqu’à m’oublier
    les gens à aimer
    les femmes de ma vie

    pouvaient pas rester
    elles me l’ont dit
    je ne fais que passer
    salut c’est la vie

    j’en suis pas à pleurer
    ni baisser les bras
    bien que fatigué
    me restent des pourquoi

    et je sens bien
    qu’j'y répondrais plus
    qu’j'y répondrais pas
    d’un air entendu
    qu’j'y crois, qu’j'y crois pas
    le temps est venu
    d’accepter le mien

    et le mien c’est l’présent
    comme il vient
    cadeau ou soufrance
    rateau ou malchance
    peu importe
    comme il vient
    il est de la conscience
    d’ouvrir la porte
    à ce qui vient
    cadeau ou soufrance
    est aussi le sens
    avec lequel je regarde
    ce qui vient
    et ce qui vient
    c’est le présent à ma conscience
    et ma conscience en retard
    du matin jusqu’au soir
    fait ce qu’elle peut

    alors ces déserts ou j’existe
    sont à perte de vue
    des immensités de grains de sable
    des immensités de noeuds
    comme autant de boucles
    comme autant de récits
    comme autant de pas perdus
    comme autant de dunes instables
    comme autant de ch’mins si vieux
    que je marche à côté du présent

    même pas mal
    même pas peur
    quand je râle
    c’est aussi du bonheur
    d’aller de l’avant
    de garder son élan
    d’accepter ses tourments
    font parti du présent ….

    Le miroitier de la place d’Italie

  7. iste a dit

    marcherons peut-être un jour
    les hommes et les femmes
    l’un vers l’une
    paisiblement

    au jour le jour
    loin des drames
    et quelques dunes
    sereinement

    et le soleil au coeur
    et le vent aux lèvres
    et le passé ailleurs
    d’une tempete qui se lève

    en attendant
    je hisse les voiles
    d’un bâteau OK
    tout bien regardant
    chacune de mes toiles
    et le bord du quai

    mais avant de partir
    pour le grand large
    j’suis venu vous dire
    chaque pas est un partage

    qui rapproche qui éloigne
    chacun est le notre
    et chaque regard souvant soigne
    cette blessure qui ressemble à une porte

    chacun sa clef bien sur aussi
    chacun sa façon d’en parler
    chacune chacun sa vie
    et toutes les façons d’exister

    mais le 2ème miracle de la vie
    c’est bien de s’approcher l’un de l’une
    mais le 2ème miracle de la vie
    c’est bien d’accepter l’âme et le coeu rayonner

    moi mon quai, c’est l’bord d’un trottoir
    et l’horizon souvent un regard,
    ces mains qui se lèvent et s’agitent
    sont celles des passant qu’on pas l’temps de se voir
    et sans cesses se quittent

    et ces grands mats tous droits
    aux allures de réverbères
    s’allument tout en haut d’une lumière
    comme des phares qu’on voit parfois

    parfois faut traverser l’amer
    en dehors des passages cloutés et protégés
    bien sur le risque de se faire renverser
    bien sur c’est la vie, disons le ainsi, sur terre

    mais quand t’aborde l’autre côté
    de l’autre côté y a un trottoir
    celui d’une rue, d’une avenue, d’un boulevard
    peu importe, mais tu l’as traversé

    et ce qui a changé c’est le regard
    ce qui a changé c’est l’envie de vivre
    et rien que pour ça il n’est jamais trop tard
    d’arrêter de survire

    le miroitier de la place d’italie
    07 06 2009

  8. iste a dit

    l’un vers l’une
    paisiblement
    j’avance pas à pas
    ensemble et solitude
    le présent
    Se donne de Soi

    qu’ils sont forts et beaux ces instants
    ces doutes et certitudes
    qu’ils sont doux aussi par moments
    tes yeux sans habitude

    et le café sur la table
    et le sirop d’hérable
    et la vaissele dans l’évier
    et simple joie de se regarder

    puis ton odeur sur ma chemise
    m’accompagne toute la journée
    c’est rien fallait que je te dise
    fait du bien d’accepter d’aimer

    le miroitier de la place d’italie
    le 07 06 2009

  9. iste a dit

    Oh mon Dieu ce soir j’ai peur
    S’il te plait qu’on m’la prenne plus
    plus jamais sans Elle …
    plus jamais sans Aile …

    Oh mon Dieu, ce soir j’ai peur
    on m’les a prit si souvent
    ces femmes de ma vie
    j’avais fini par oublier

    et puis cette voix m’apprivoise
    et puis ta lumière parmi mes peurs
    et puis c’est vrai parfois je te toise
    mais, bon, sont vraies aussi toutes mes raideurs

    Oh mon Dieu ce soir j’ai peur
    S’il te plait qu’on m’la prenne plus
    plus jamais sans Elle …
    plus jamais sans Aile …

    j’m'en rimel pas vraiment d’tes grands yeux
    t’as les étoiles aux firmaments
    droit devant l’horizon
    et un peu plus loin la bas …
    les silhouettes des hommes ….

    et ces grandes voiles qui les dépassent
    commes des rêves trop grands pour eux
    et la vie de génération en génération que l’on se repasse
    parfois avec une histoire d’amour

    parfois avec une histoire d’amour
    on n’en revient pas
    on n’en revient pas d’avoir chaque jour
    oublier de faire un autre pas

    le miroitier d’la place d’Italie
    le 11 06 2009

  10. iste a dit

    avant d’écrire ces poèmes
    j’me noyais dans un verre d’eau
    même pas à moitié vide
    même pas à moitié plein

    t’avais beau dire
    t’avais beau faire
    t’avais beau dire
    t’avais beau faire

    j’ai lachez prise sans l’faire exprés
    ça a craqué tout seul au fond de moi
    Mon amie jenny m’a entendu ne rien lui dire
    s’est inquiétée mon amie, et d’encore plus prés
    a trouvé quelques mots qui s’redisent pas
    avec sa façon d’penser à moi, dedans mon pire,
    sa présence ma prit dans ses bras …

    j’le dis comme ça mais c’est plutôt
    vas y relève toi, vas y mon gars
    regarde un peu plus haut
    laissent pleuvoir les nuages ici bas ….

    t’es comme tout l’monde
    t’as un coeur
    l’met pas dans une fronde
    fais en du bonheur

    faut dire aussi que moi dans le sens du poil
    j’brosse tout à l’envers
    mais quand même c’est une femme qui t’met une voile
    pour t’ballader un peu plus fier

    alors voila ma jenny
    ce recueil c’est de l’essence de droiture
    c’que d’puis un an avec ma vie
    j’ai lutté contre fermeture

    tu vois j’espère bien qu’tu vas pleurer aussi
    franchement j’ai pas que rigolé
    mais ces quelques larmes qui t’auront saisi
    ben tu les auras plus que mérité

    parce qu’à n’en pas douter
    viens pas m’dire, c’est rien
    j’fais que mon métier
    merdier, ton et ta c’est pas du gredin !

    le miroitier de la place d’Italie
    le 18 juin 2009

  11. iste a dit

    j’aime à regarder
    le temps qui passe
    comme aussi bleu que l’été
    que des nuages enlasse

    aux temps anciens d’aujourd’hui
    depuis les âmes ont marchés
    jusqu’aux premières lueurs de chaque nuit
    mais jamais n’ont pu oublier

    et ainsi sans arrêt coule de source
    joie et lumière toujours
    ainsi druide que rien ne pousse
    est-t’iL relais à la lumière du jour

    aux temps d’aujourd’hui
    l’homme actuel vit en modernité
    Chaque nuit lui revient vérité
    chants et lueurs à ce qui se vit

    alors : que Viviane et Merlin
    enfermés dans nos corps d’hommes et de femmes
    se libèrent de leurs écrins
    et que s’accomplissent nos existences de flammes

    le 17 02 2009

  12. iste a dit

    Elle a de ces magnifiques rêves
    et le coeur en partance;
    et le corps allongé sur la grève
    attend sa délivrance

    quelle chemise au vent
    lui sera ses voiles jusqu’au firmament,
    si belle et pourtant
    sa voix murmure déja si doucement

    ou es-tu, toi que j’attends ?
    ou es-tu à perte de vue jusqu’à l’horizon ?
    je te sais en moi, tout au loin de ma raison
    tout au bout de ma main vers toi qui se tend ….

    je te sais comme un désir
    et l’homme et la femme qui se cherchent
    je te sais comme un soupir
    entre deux rires et bouches soudains sêches

    Il lui demande sans la connaître
    donnes moi de ton eau
    mon feu me pousse à renaitre
    et s’envoler au plus haut

    le miroitier de la place d’Italie
    le 17 06 2009

  13. iste a dit

    Du chaos au choc des idées
    de l’invisble au monde créé,
    le poète est en l’homme ordinaire
    comme un enfant de l’univers ..

    Comme l’Eau, l’Air , la Terre et le Feu
    L’Emotion, la Sensation, la Perception, L’Idée …

    s’approche en homme, s’approche en poète
    l’univers et sa recréation en nos consciences

    Au commencement l’élan comme une fête
    débordant, jaillissant, et l’ivresse terre à terre
    et la réponse par mots vivants en multitudes d’êtres
    qui viennent ensemble comme autant d’éclairs

    et le poeme est vivant comme planete
    des êtres le peuplent, des saveurs des odeurs
    et le poeme est vivant comme l’espace-temps d’être
    vivre avec l’autre jusqu’à écrire cette lueur

    Comme l’Eau, l’Air , la Terre et le Feu
    L’Emotion, la Sensation, la Perception, L’Idée …

    alors avec ma vie j’écris
    c’est ma façon d’aimer
    c’est mon autrement dit
    sans aucun guillemet

    y a des présences qui me touchent
    j’les connais pas, jamais vu
    Coeurs communs comme une souche
    l’instant se vit sans retenue
    le miroitier de la place d’Italie
    le 18 juin 2009
    j’te le dis madame
    presque entre nous
    la vie c’est pas un drame
    qu’une histoire entre nous

    j’aime à me sentir libre
    et toi toute sourire
    jusqu’à oser se dire
    ta pomme c’est du cidre …

    Parfois chacun sa pomme
    le dit comme ça
    y a des pépins
    dans mon chewing gomme

    les anges gardiens font l’angle droit
    l’autre vaurien c’est souvent l’gars
    mais ça fait rien vois-tu crois moi
    même avec rien, j’vous aime comme ça

    moi j’ai besoin d’cette liberté
    d’cet élan inattendu
    d’allez plus loin qu’j'ai jamais été
    d’en être pas revenu

    moi j’ai besoin de tes grands yeux
    qui m’collent partout l’envie de toi
    moi j’ai besoin tant que je peux
    qu’tu sois dans ma vie belle des bois

    la j’ai le coeur un peu gros
    et l’océan plutôt à l’étroit
    mes vagues d’élans poussent vers le haut
    pour toucher l’bout d’tes doigts

    la liberté des mais
    et la liberté d’aimer
    c’est pas du s’il te plait
    en voici ma pensée

    la liberté des mais
    et la liberté d’aimer
    par moment c’est pas des potes
    plutôt des gens qui se frottent
    à se se briser des élans

    aussi j’me d’mande parfois
    si l’océan t’éclabousse un peu trop
    cette robe de chair autour de toi
    à t’serrer trop fort dedans ta peau

    je t’aime de toute ma liberté
    qu’j'élargit chaque jour vers toi
    et c’est pas quelques nuages de pensées
    qui vont m’laisser loin de toi ….

    le miroitier d’la place d’Italie
    le 19 06 2009
    ________________________________________

  14. iste a dit

    merdier t’as raison mon amie,
    Parfois une femme dans l’coeur
    ça en fait des heures
    à compter par seconde
    à moitié pleine
    à moitié vide

    ça en fait des bouteilles cadavériques
    des someils faméliques
    des rêves toujours identiques
    remplis de baisers vers une bouche unique

    merdier t’as raison mon amie,
    Parfois une femme dans l’coeur
    ça en fait des heures
    à recoller chaque pas vers l’océan
    à moitié absent
    à moitié revenu
    comme une voile à l’horizon
    et le vent qui souffle pas

    merdier t’as raison mon amie,
    Parfois une femme dans l’coeur
    ça en fait des heures
    le regard tendu
    les mains inutiles
    l’espoir futil
    comme un nuage de clopes
    et demain qu’est jamais la …

    au rendez qu’tu s’ras pas la
    ça s’pense même pas
    ça s’ose pas de le dire comme ça
    ça veut trop dire qu’on n’y croit plus
    et si Dieu, ou mon amour m’entendait penser
    il irait jusqu’à le croire ce con, cette conne
    qu’c'est un oublié du temps qui passe …

    merdier t’as raison mon amie,
    Parfois une femme dans l’coeur
    ça en fait des heures
    qui tournent plus rond dans nos caboches
    d’interminables nuits sans étoile

    alors merdier t’as raison mon amie,
    Parfois une femme dans l’coeur
    ça en fait des heures
    pour une histoire qui s’finit pas

    Alors comme un film inachevé
    ça s’rembobine pas
    sans cesse à s’dérouler
    c’est d’la ‘péloche du passé …
    ça s’laisse comme un bout d’essai
    un docu qu’à mal tourné
    un sujet trop lourd à porter

    l’miroitier d’la place d’Italie
    le 19 06 2009

  15. iste a dit

    L’attente comme une déchirure dans l’oubli
    demain est encore loin
    demain est encore loin n’est-ce pas ?

    mon désir reviens sans cesse vers toi
    ma main dessine tes seins nus comme dans un rêve
    mon corps frémis à ton absence, tu vois
    je sais maintenant de le vie qu’elle est trop brève

    j’ai changé de trottoir
    prit la route du hasard
    l’inconnue à la saveur du jour qui se lève
    l’horizon monte aux cieux depuis la grève

    notre chaloupe est à quai
    toute vernie d’hier
    mais ainsi toute retournée
    même les mouettes en sont peur fier

    Lattente comme une déchirure dans l’oubli
    demain est encore loin
    demain est encore loin n’est-ce pas ?

    lattente comme une rupture de sens
    la souffrance s’éstompe d’aimer encore
    reste aimer… aimer encore et en corps
    lorsque nos âmes libres s’élancent

    alors l’important c’est d’aimer
    de plus en plus libre des mais
    le miroitier de la place d’Italie
    le 27 06 2009
    Ma belle étrangère
    j’les referai pas chacun de ces jours sans toi
    c’est vrai qu’depuis hier
    j’ai arrêté d’les compter sur l’bout d’mes doigts

    mon clopo dans l’courant d’air d’la fenêtre
    s’envole bien malgré moi par dessus les toits
    mais déjà puisqu’il n’y a plus tous ces mal être
    ben je retrouve le plaisir de penser à toi

    j’ai encore plein d’images et de douceur pour toi
    mes élans du coeur comme la rosée du matin
    ta peau comme du satin
    tes yeux ton regards et ce qu’il en est de ma joie

    j’t'ai souvent fermé la porte
    fallait bien survivre à l’absence
    j’t'ai souvent chassé à ma manière un peu forte
    t’es restée mon désir de ta présence

    ton jan, tes basquettes
    tes gestes et ton silence qui me parle
    t’es dev’nu comme une quete
    quelqu’une qui n’sra jamais bannale …

    ta voix m’colle à la peau
    c’est une évidence que j’oublie pas
    mais voila reste ce rideau
    qui fait que t’es toujours pas la …

    peut être à bientôt
    peut etre l’un dans l’autre
    quand c’est plus possible de faire autrement
    p’t'être que la vie en deux trois coups de pot
    nous rapprochera et vie d’amants

    le miroitier de la place d’Italie
    le 4 07 2009

  16. iste a dit

    ces beaux ballons d’toutes les couleurs
    c’est toutes mes attentes
    qu’j'ai laché ce matin de bonne heure

    ils rejoignent dans le ciel bleu
    les nuages du temps qui passent
    des instants vides d’aveux
    me voici la tête un peu moins lasse

    y a parfois des murs sans porte
    alors que l’on voulait passé d’l'autre côté
    y a parfois plus aucun mot d’aucune sorte
    comme si le temps s’était soudain arrêté

    j’étais le temps qui s’est arrêté
    la devant un mur sans porte
    à parler pierres pierres sans arrêt
    à parler douleurs trop fortes

    c’est beau ces oiseaux dans le ciel
    c’est plus beau qu’un amour qui vient pas
    sont géniales dans les vents ces ailes
    et l’oiseau d’être un oiseau ça le gene pas …

    le miroitier de la place d’Italie
    le 18 07 2009

  17. iste a dit

    Oh que oui, c’est bien une armure
    L’armure d’un chevalier
    Je ne sais pas ou est sa monture
    C’est lui la bas parti à pieds

    Bien sur qu’il titube
    faut des années pour marcher droit
    quoi son air son attitude
    j’en sais plus rien de ce qu’il vivait autrefois

    Oui c’est vrai la nuit est tombée
    il regarde les étoiles avec des allumettes
    Se brule les doigts semble que rien ne l’arrête
    il croit peut-être au conte de fée

    Quoi son armure, ben oui il la laisse la
    comme un fantôme adossé à un réverbère
    c’est bien étrange tout cela, n’est-ce pas ?
    Mais que sait-on de nos vies sur terre ?

    le miroitier de la place d’Italie
    le 18 07 2009

  18. iste a dit

    Comme chaque fois que je trace
    des mots sur une feuille
    c’est qu’il y a de pas à sa place
    quelque chose qui me rend aveugle

    Des nuages devant le coeur
    et mal un peu partout
    Putain parfois j’ai plus que peur
    même d’un petit cailloux

    Celui la fait mal entre nous
    faut bien aussi continuer de vivre seul
    ton absence me fatigue jusqu’au bout
    et plus loin que demain n’en est même pas le seuil

    mais voila, une voix m’a ému hier soir
    pour une fois je me suis tus en un seul que c’est beau
    belle et forte ta vie à bouts de doigts sur ton piano
    madame, s’il te plait, me laisseras tu te voir

    le miroitier de la place d’Italie … le 4 11 2009

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